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Révolution 4.0: et la sécurité sociale?

Phénomène socio-économique de ce début de XXIe siècle, la quatrième révolution industrielle – ou révolution numérique – est sur toutes les lèvres. Comme les révolutions industrielles qui l’ont précédée, la révolution 4.0 se manifeste d’abord par une évolution technologique, qui modifie le fonctionnement du monde du travail. Il est ainsi question de robotisation et de la disparition des emplois qu’elle induit.

Cette nouvelle révolution industrielle s’accompagne d’un autre changement, parallèle, qui est celui de l’état d’esprit des individus. Le culte de la productivité a, au cours des dernières années, cédé un terrain considérable face à celui de l’épanouissement personnel. Les nouvelles technologies permettent désormais aux travailleurs de s’affranchir du cadre rigide du salariat et des parois de leurs open spaces, pour organiser leurs activités professionnelles de façon à maximiser leur épanouissement au travail: temps partiel, activités diverses, indépendance partielle, etc.

Or, le système suisse de protection sociale a été créé pour le salarié «traditionnel». Nos pensions ont été construites autour du modèle économique dominant à l’époque de leur création: l’homme, travailleur salarié à temps plein, qui dans le contexte des Trente Glorieuses avait peu à craindre pour son emploi et pour ses revenus. De fait, aujourd’hui encore, les travailleurs salariés occupés à plein temps sont ceux qui bénéficient de la couverture sociale la plus étendue.

Les rentes maximales de l’AVS/AI sont réservées à celles et ceux qui ont gagné, en moyenne sur l’ensemble de leur carrière, un peu plus de 7000 fr. par mois; les accidents survenus hors du contexte professionnel ne bénéficient de la couverture plus étendue de l’assurance accidents que si l’on travaille 8 heures par semaine pour le même employeur; les travailleurs à temps partiel qui consacrent leur temps libre à des loisirs, hors du ménage et de l’éducation des enfants, jouissent d’une protection moins étendue en cas d’invalidité; le droit au chômage suppose douze mois d’activité salariée dans les deux ans qui précèdent l’inscription au chômage; etc.

Le financement de nos assurances sociales est – à l’exception notoire de l’assurance maladie – indissociablement lié au revenu de l’activité professionnelle, la plus grande part en étant assumée, conjointement, par les travailleurs salariés et leurs employeurs. Si les emplois disparaissent, que ce soit au profit de robots ou de self-entrepreneurs indépendants, la survie à moyen terme de notre protection sociale est menacée.

La révolution 4.0 confronte la sécurité sociale helvétique aux limites d’un modèle de protection basé sur le travail salarié, voire sur le travail tout court. On ne peut plus, aujourd’hui, s’épargner de réfléchir aux alternatives, quitte à prononcer encore une fois les mots tabous «revenu universel», compris ici non pas comme l’oreiller de paresse qu’il représente pour certains, mais comme l’octroi d’un revenu de substitution inconditionnel lorsqu’un risque social se réalise. Quel que soit le nom qu’on lui donne, la question du financement de ce revenu de substitution doit aujourd’hui être rapidement empoignée.

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