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Et revoilà la monnaie pleine!

Chassée par la porte, la monnaie pleine est peut-être en train de revenir par la fenêtre. Le débat suscité par l’émergence des cryptomonnaies conduit en effet à postuler qu’un beau jour, sans doute pas si lointain, les banques centrales pourraient être amenées à émettre leurs propres monnaies numériques. Car il est hors de question, pour toutes sortes de raisons bonnes ou mauvaises, de laisser filer le monopole de l’émission de moyens de paiement légaux vers des organisations privées telles que Facebook et consorts dont les ambitions en la matière, on l’a vu, sont immenses.

Le lien, pourtant logique, entre monnaie numérique de banque centrale (MNBC) et «monnaie pleine» ne sautant pas aux yeux, on va tenter de l’expliquer. Dès l’instant où une banque centrale donnera au public accès à de la MNBC en lieu et place des billets ou parallèlement à ceux-ci, elle privera les banques commerciales d’une bonne partie, voire de la quasi-totalité des dépôts de leur clientèle, source pour ces dernières d’un financement commode et surtout peu coûteux (même gratuit depuis les taux négatifs) pour leurs activités de crédit.

Fini, par conséquent, le temps de la création de monnaie par les banques, remplacé désormais par une couverture à 100% des dépôts par de la monnaie (en l’occurrence numérique) de banque centrale, ce qui est le principe même de la monnaie pleine. Le crédit, lui, devra se financer via le recours au marché des capitaux, comme cela est majoritairement le cas aux États-Unis (et comme cela commence à être le cas partout à travers le «shadow banking», ce système parallèle où des non-banques – fonds d’investissement, de private equity, hedge funds, etc. – font crédit aux entreprises).

Il en résulterait ce que beaucoup d’économistes postulent depuis la crise des années trente, savoir une nette séparation entre trafic des paiements, ou banque de détail si l’on préfère, confié aux «narrow banks», et l’activité de crédit, laissée aux acteurs du marché des capitaux et aux épargnants prêts à courir des risques.

La banque universelle telle que nous la connaissons n’aurait du coup plus de raison d’être, ce qui revient à dire que les banques, au sens courant, disparaîtraient, dépassées qu’elles seraient comme tant d’autres acteurs de secteurs rendus complètement obsolètes par le changement technologique. La résistance sera forte, car la rente de situation des banques est protégée par tout le dispositif réglementaire et prudentiel auquel elles doivent se soumettre. Mais ne sous-estimons pas l’effet des pressions concurrentielles. Car les marges bancaires dégagées par le trafic des paiements (tenue des comptes, commissions sur les virements, e-banking, droits de garde, etc.) sont proprement indécentes*, les coûts y afférents étant proches de zéro. De nouveaux acteurs et de nouvelles technologies finiront bien par abattre ces dernières forteresses.

* Voir aussi: «Banks accused of overcharging small customers for forex services» (https://www.ft.com/ft-trading-room)

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