Le retour de la monnaie hélicoptère

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Ces temps de disette font ressurgir quelques vieilles idées en matière monétaire. Puisque les banques centrales et les gouvernements sont impuissants à faire redémarrer les moteurs de la croissance et par là redonner du travail à ceux qui en sont dépourvus, pourquoi ne pas 1° distribuer plus largement du pouvoir d’achat via l’introduction d’une allocation universelle (ce «revenu de base inconditionnel» sur lequel nous voterons le 5 juin prochain), ou 2° plus simplement, quoique techniquement assez compliqué, distribuer à tout le monde, nouveau-nés compris, comme parachutée depuis le ciel, une certaine somme d’argent pour relancer la consommation?

Cette conjonction de deux propositions fort anciennes et à première vue assez différentes (la première part de l’idée néo-marxiste – et même marxiste tout court – d’un découplage grandissant entre la valeur produite et la rémunération du travail, alors que la seconde recycle à des fins conjoncturelles une thèse monétariste – la «monnaie hélicoptère» de Milton Friedman – revue et corrigée par des économistes contemporains), cette rencontre donc entre deux utopies réunies par l’actualité est à bien des égards stimulante.

Ce sont des utopies en ceci qu’elles n’ont aucune chance d’être acceptées, tant elles s’écartent des schémas traditionnels de la pensée politique et du conservatisme ambiant. Les initiants ont beau dire qu’un revenu de base remplaçant les multiples sources d’aide sociale, et non s’y ajoutant, n’aurait qu’un effet marginal sur les finances publiques, dans la mesure où il s’agirait pour l’essentiel d’une autre manière de redistribuer une même proportion de la quote-part de l’État, une immense majorité de l’opinion reste intimement convaincue que seul le travail mérite salaire.

Quant à la «monnaie hélicoptère», bien que solidement étayée par des travaux tout à fait scientifiques (ceux par exemple de Willem Buiter, l’actuel économiste en chef de la Citi Bank, en 2003), elle souffre fondamentalement du défaut de la gratuité – au sens théorique du terme – que ses adversaires lui reprochent, savoir que puisque émise sans aucune contrepartie, elle n’aurait aucun effet macroéconomique. Comment s’assurer que cet argent tombé du ciel alimente la dépense plutôt qu’il ne soit tout bonnement thésaurisé.

En tout état de cause, ce qui est certain, c’est que l’évolution économique générale n’incite guère à l’optimisme. Les perspectives de croissance, continuellement revues à la baisse, ne sont pas encouragées par la manifestation d’une révolution technologique davantage fossoyeuse d’emplois que créatrice de nouvelles opportunités de travail. Les analystes de la banque américaine Goldman Sachs en venaient même l’autre jour à se demander, vu les marges bénéficiaires persistantes des grandes entreprises dans un environnement qui devrait au contraire conduire logiquement à leur baisse, s’il ne convenait pas en définitive de «se poser des questions plus générales sur l’efficacité du capitalisme».

Si même les suppôts de la haute finance commencent à douter, les utopies monétaires les plus folles ont peut-être, allez savoir, de beaux jours devant elles. (TDG)

Créé: 07.02.2016, 14h23

Marian Stepczynski

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