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Avant les réseaux sociaux: radio pirate!

Nous vivons une frénésie des réseaux sociaux, renvoyant parfois les journalistes dans les cordes. A une époque pas si lointaine, peu après Mai 68, au début des années septante, des citoyens tentaient de donner de la voix via les ondes. Ce qui en faisait des délinquants. Genève a connu un tel épisode.

Nous sommes dans les années 70, les radios libres n’existent pas. Les ondes sont un monopole d’Etat. Or, nous revendiquons le droit d’émettre nos propres programmes. Un beau jour, six personnes créent une radio pirate.

Partir en Italie pour trouver des émetteurs au marché noir. Rencontrer des gens à la limite de la ligne rouge. Se retrouver dans des appartements sans donner de noms, procéder aux échanges de finances contre du matériel, puis démonter la voiture pour y créer des caches pour les émetteurs et retour à Genève.

Des associations, en particulier féministes, ont enregistré des cassettes contenant des propos plus ou moins subversifs. Notre petit groupe monte au Salève et propage la bonne nouvelle à Genève depuis ces hauteurs. Cela devient l’événement du moment.

A 18 heures, des radios se branchent un peu partout afin d’écouter la demi-heure des pirates. Les journaux en parlent. Les polices suisses et françaises sont mobilisées avec le concours des PTT qui fournissent le matériel de détection. Des hélicoptères et des policiers à moto sont engagés.

Notre système est simple. Nous avons enterré préalablement, dans une douzaine de sites, des batteries de voitures afin d’alimenter les émetteurs. Puis des enregistreurs, eux aussi disséminés ici et là. Nous montons et redescendons le Salève à pied ou en stop, les mains vides. Une fois sur place, chaque fois une autre place, le matériel est installé et l’émission commence. Elle ne doit pas excéder une trentaine de minutes, histoire de ne pas donner aux forces de l’ordre le temps de nous repérer et de foncer sur nous par les airs. Puis nous enterrons le tout, que nous déplacerons ultérieurement, et rentrons les mains dans les poches.

Une ou deux fois, la frayeur. Un hélicoptère nous repère alors que nous regagnons un chemin balisé. Souvenir d’une course-poursuite dans les forêts du Salève. Nous faillîmes nous faire arrêter deux fois.

Au final, pas une seule arrestation. L’aventure a tenu quelques mois. Une fois, je me suis couché au bord de la route et me suis endormi. Mon copain a continué sa route. La police est passée plusieurs fois le long de cette route mais ne m’a pas vu.

Nous avons aussi tenté et réussi à pirater la télévision en perturbant une émission. Mais on n’a pas poursuivi. Puis la France a libéralisé l’espace radiophonique. Une question parmi d’autres: la pléthore de radios libres qui existent et les réseaux sociaux qui prolifèrent constituent-ils un progrès pour la démocratie?

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