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Questions sur une docteure honoris causa

Le 13 octobre a eu lieu à Genève la cérémonie du Dies academicus. Placée sous le signe du courage, elle a honoré des personnalités engagées dans ce sens et, parmi elles, Svetlana Alexievitch. Gratifiée du titre de docteure honoris causa, elle a été saluée pour sa manière d’écrire qui, selon le doyen de la Faculté des lettres, donne à l’œuvre le prix de la vérité.

Or en Russie, cette manière d’écrire a été diversement perçue tandis que des plaintes ont été déposées par des mères de soldats morts en Afghanistan pour l’altération et la falsification de leurs témoignages par l’écrivaine biélorusse.

Le courage, s’il en est, de gommer un passé n’efface pas sa mémoire

Cela n’a pas pour autant retenu l’Académie de Stockholm de décerner à Svetlana Alexievitch le Prix Nobel de littérature en octobre 2015.

Or, au lendemain de la conférence de presse qu’elle a tenue à cette occasion, je lui ai adressé une lettre ouverte, publiée sur mon blog Voix*. Cette lettre ouverte a été traduite dans plusieurs langues, vu l’écho qu’elle a reçu au-delà même de la Russie.

A Genève, Le Courrier l’a évoquée dans l’article qu’Anne Pitteloud a consacré en février 2016 à mon parcours d’écrivain. Cette lettre, Svetlana Alexievitch l’a lue et a fait répondre par son chargé de communication qu’elle n’avait rien à ajouter à ce qu’elle avait dit, à savoir que «la Russie en arrive à 86% à se réjouir quand des gens meurent dans le Donbass».

Ce sont précisément pareils propos cités qui ont motivé ma lettre, en dehors de toute autre considération littéraire ou politique. Et si cette lettre a eu un tel impact, c’est que les déclarations de l’écrivaine biélorusse sont non seulement mensongères mais outrageantes.

Aussi bien, si déformer et falsifier des faits ou des témoignages, comme s’y est employée Svetlana Alexievitch, relève de ce courage sous lequel a été placé le Dies academicus de l’Université de Genève, alors ce terme reste à définir.

Lors du procès intenté par Dominique Strauss-Kahn à Régis Jauffret et à son éditeur pour le roman La ballade de Rikers Island, les avocats de l’auteur et de l’éditeur ont plaidé la liberté totale de la «création littéraire», y compris celle «de mentir, d’inventer», selon Ouest-France du 11 mai 2017.

Le courage reconnu à Svetlana Alexievitch par l’Université de Genève pour sa manière d’écrire s’aligne sur les revendications des avocats de Régis Jauffret et de son éditeur.

Et puis, si renier des valeurs autrefois défendues par l’écrivaine biélorusse – qui, en 1977, signait dans la revue Neman un éloge appuyé à Félix Dzerjinski, fondateur de la Tcheka, qui est l’ancêtre du KGB et de l’actuel FSB – relève de ce courage qu’on lui reconnaît, alors la messe est dite.

Pour rappel, nombre de ses compatriotes n’ont pas bénéficié des traitements avantageux qui étaient réservés aux membres de l’Union des écrivains, parmi lesquels figurait Svetlana Alexievitch.

Le courage, s’il en est, de gommer un passé n’efface pas sa mémoire.

* voix.blog.tdg.ch

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