Pour ou contre le projet de rénovation-extension du MAH?

Face-à-faceAprès un premier face-à-face, la semaine dernière, sur la votation prochaine concernant le Musée d’art et d’histoire (MAH), voici sur le même sujet les opinions contradictoires de Manuel Tornare et Alexandre Wisard.

Image: Dessin Herrmann

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Pour un MAH digne du XXIe siècle

Par Manuel Tornare, conseiller national PS

A quelques jours du scrutin, les esprits s’échauffent, les polémiques pleuvent, rarement un objet municipal n’a déclenché autant de controverses. C’est sans doute une preuve d’une démocratie vivante.

En revanche, nombre d’électeurs/trices (les citoyens/n’es suisses et ceux domiciliés en Suisse depuis 8 ans) ont parfois de la difficulté à y voir clair tant les composantes de ce projet sont nombreuses, d’où les angles d’attaques fusant des opposants! Récapitulons les raisons de dire oui à un projet qui permettra à la Ville de restaurer enfin un bâtiment qui est dans un état crapoteux!

La restauration du bâtiment: après un appel d’offres à 2 tours en 98, la concertation a duré des mois, le gabarit a été abaissé pour respecter la loi Blondel, les emprises aux murs seront réversibles, ce qui prouve que le projet n’a pas été figé il y a 15 ans…, les oppositions ayant été finalement levées, la Commission cantonale des monuments et des sites a donné son accord.

Chaque opposant y va de son projet… Chaque architecte éconduit aussi

Le coût: la Ville reste le maître d’œuvre et non Nouvel, la comparaison avec le MEG ne tient pas, on ne peut comparer le prix au mètre cube avec un bâtiment neuf!

Les charges: un projet offrant de plus grandes surfaces d’exposition (nouvelles ou optimisées pour celles existantes) nécessite plus de charges, le Musée restera maître de ses surfaces sans privatisation, la Convention (modifiée) avec Gandur le garantit. Pendant les 6 ans de fermeture, la Ville s’est engagée à ne pas licencier, le travail de préparation au retour dans les lieux rénovés ne manquera pas!

Le partenariat privé/public: la moitié du financement du projet est assuré par le privé. Les donateurs ne sont pas uniquement Gandur. Ils commencent à se lasser! Exemple: des millions ont été promis pour l’espace Horlogerie; en cas de refus le 28 février, on les perdra… Les autres donations devront être remboursées, car elles font partie d’un projet multipack.

Les alternatives: chaque opposant y va de son projet… chaque architecte éconduit aussi, il faut savoir qu’une extension sur la Butte de l’Observatoire a toujours été refusée par le peuple, hêtre pourpre ou pas, comme il l’avait fait pour la butte Sturm pour le MEG...

Quant au bâtiment des Beaux-Arts (HEAD) du DIP, le Canton n’ayant plus les moyens d’entretenir ses bâtiments scolaires n’envisage pas de transfert avant des lustres!

Bref, les électeurs/trices de la Ville doivent vraiment saisir une occasion de s’aligner sur les exemples de rénovation de Musées d’autres villes suisses, qui en font leur fierté. Au lieu de pendre l’architecte comme le veulent certains opposants excessifs, nous pendrons la crémaillère prochainement dans un bâtiment adapté à une muséographie attractive digne du XXI siècle.

Votons donc oui le 28 février.


La politique du «c’est ça ou rien»

Par Alexandre Wisard, ancien conseiller municipal Vert, rapporteur du projet

Regard dans le rétro. Décembre 1987: le Conseil municipal (CM) de la Ville de Genève accepte à l’écrasante majorité de ses membres, sauf les Verts, un crédit de près de 10 millions de francs pour démolir et reconstruire les Bains des Pâquis.

Le Conseil administratif (CA) emmené par la socialiste Jacqueline Burnand affirme que la structure sur laquelle reposent les Bains est dégradée, et que la sécurité des lieux ne serait plus garantie. Il faut faire tabula rasa et remplacer l’existant par ce qui constitue en fait une piscine/lounge bar annexe du Noga Hilton situé à quelques mètres.

On découvre avec ce projet la politique bling bling version municipale. Heureusement, le referendum porté par les usagers cartonnera quelques mois plus tard en votation populaire, et dans la foulée, les Bains des Pâquis seront rénovés pour une somme inférieure au crédit de démolition/reconstruction! Ce que les autorités de la Ville déclaraient impossible l’est devenu. Personne ne contesterait aujourd’hui que l’on est passé à côté d’une destruction des lieux et de son esprit, lieu, qui constitue un endroit populaire genevois incontournable.

Toujours la même approche bling bling. Pathétique!

Mai 2015: le CM de la Ville de Genève accepte à la relative majorité de ses membres un crédit de 133 millions de francs pour restaurer et agrandir le MAH. Le CA emmené cette fois par un autre socialiste, Sami Kanaan, évoque notamment la fermeture des lieux pour raison de sécurité. Que ne ferait-on pas passer au nom de la sécurité! Certes, le bâtiment n’a pas été entretenu depuis sa construction il y a un siècle et des faux plafonds sont tombés.

Si la restauration du MAH fait l’unanimité, son extension intra-muros financée par des mécènes et un homme d’affaires, à l’aide de plateaux posés dans la cour, avec cerise sur le gâteau le resto/bobos placé au dernier étage pour siruper sa flute de champ avec vue sur le Geneva lac pose question. Tout comme le budget de 133 millions prévus pour les travaux, qui paraît impossible à respecter vu les options techniques retenues et l’architecte star aux manettes, mondialement connu pour ses dépassements de crédits.

A quelque 28 ans d’écart, j’ai eu le privilège de siéger au Conseil municipal lors ces deux décisions, je suis questionné par la troublante répétition de l’histoire politique genevoise.

Deux projets, deux mêmes stratégies portées par les autorités de la Ville de Genève: c’est ça ou rien, et pour les deux objets, la même approche bling bling. Pathétique!

Le 28 février, pour moi, ce sera non au projet MAH du Conseil administratif, une aventure financière insensée dont je ne souhaite pas léguer les conséquences désastreuses aux générations futures des citoyens/-ennes de la Ville de Genève.

(TDG)

Créé: 16.02.2016, 11h57

Manuel Tornare, conseiller national PS (Image: Keystone)

Alexandre Wisard, ancien conseiller municipal Vert, rapporteur du projet (Image: Lucien Fortunati)

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