Professeur, élèves: séduire, dit-il

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Dans toute relation humaine il existe une part de séduction. Rien de nouveau sous le soleil. Et dans les collèges, cette séduction est réciproque entre le professeur et ses élèves; entre l’élève et ses professeurs. Pour un enseignant passionné, aimer son travail, c’est aimer ses élèves et aimer qu’ils comprennent ce qu’il leur enseigne. Il existe une joie profonde lorsque l’étudiant comprend. À ce moment précis, on voit dans ses yeux, sur son visage, que le mécanisme intérieur s’est déclenché, que le chemin a été parcours et que vous avez réussi votre cours. Cette expérience est unique, elle est gratifiante et peu de professeurs y sont insensibles.

La véritable séduction (et la finalité du travail) est une séduction qui se dirige vers le savoir lui-même.

Seulement, cette séduction ne doit pas bénéficier à la petite personne du professeur, mais au message transmis, c’est-à-dire au savoir. La véritable séduction (et la finalité du travail) est une séduction qui se dirige vers le savoir lui-même. Parce que la connaissance comprise et assimilée est en elle-même porteuse de graines de liberté, c’est elle qui doit être mise au centre. Connaître, c’est se libérer, de l’ignorance d’abord, de l’immédiateté ensuite, de ses préjugés enfin. Au-delà de l’aspect pédagogique qui consiste à faire comprendre pas à pas ce qui est complexe, à trouver les moyens pour expliquer ou faire découvrir, il faut faire aimer ce qu’on transmet. Chacun le sait: on aime bien ce qu’on comprend bien, et tout élève trouvera facile ce qu’il a saisi.

Or il est des professeurs qui utilisent leur pouvoir de séduction à leurs propres fins, parce qu’ils sont beaux, qu’ils sont brillants, qu’ils sont bienveillants. Bref, parce qu’ils sont aimables. Les psychanalystes ont analysé abondamment ces phénomènes de séduction qu’exerce l’orateur (hommes politiques, journalistes, professeurs, etc.). Certains profs se laissent enfermer dans le moyen d’intéresser leurs élèves au lieu de privilégier la finalité de leur travail. Ils sont donc de piètres éducateurs parce qu’ils asservissent au lieu de libérer; ils placent l’élève dans une situation de dépendance au lieu de lui apprendre l’autonomie. La contrainte doit servir de tremplin à sa propre disparition, sinon on oppresse au lieu d’émanciper.

Mais cette vision d’une école émancipatrice ne doit pas être portée par le seul corps enseignant, il doit être le message de tout le Département de l’instruction publique. Chaque maillon de la chaîne doit s’en faire l’écho. Or ce n’est pas le cas. L’école a renoncé à mettre le savoir au centre et à affirmer son pouvoir libérateur. Elle vise aujourd’hui à empêcher les inégalités sociales de se retrouver dans les résultats scolaires. On va ainsi exclure tout ce qui peut être transmis par les parents au motif absurde que les héritiers sont favorisés. Système de reproduction, l’école serait une entreprise inégalitaire. Ainsi, chaque fois qu’il entend le mot «culture», le pédagogiste sort son rabot, et la baisse du niveau scolaire est entretenue par la rhétorique compassionnelle de la machine.

L’école est devenue une vaste entreprise de soins, une clinique de jour: pour cacher l’ampleur du phénomène, on a même tenté de supprimer les notes (en vain à Genève); l’élève en échec est tenu pour un inadapté qu’il faut guérir; ses moindres difficultés sont sujettes à l’intervention médicale; pour bien laminer les cerveaux, il faut enseigner le langage épicène et l’écriture inclusive parce que, pense-t-on, la langue est malade! Mais ce dévoiement de l’institution ne favorise pas la séduction des connaissances! (TDG)

Créé: 14.11.2017, 14h26


Retrouvez ici tous les invités de la Tribune de Genève La rubrique L’invité(e) est une tribune libre (3000 signes, espaces compris) sélectionnée par la rédaction. Avant d’envoyer votre contribution, prenez contact assez tôt à courrier@tdg.ch, afin de planifier au mieux son éventuelle publication.

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Suisse-UE: Toujours pas d'accord-cadre
Plus...