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Un procès contre la démocratie s’ouvre à Madrid

Je suis Jordi Cuixart, président d’Òmnium Cultural, la plus grande ONG culturelle de Catalogne. Je suis en prison préventive depuis plus de quinze mois pour avoir organisé des manifestations massives et toujours pacifiques en défense du droit à l’autodétermination de la Catalogne. Je suis le prisonnier politique d’un système juridico-exécutif espagnol hérité du franquisme. Oui, en Espagne le franquisme a survécu à la transition démocratique et les organes juridiques d’exception chargés de juger les dissidences politiques ont été maintenus.

En l’occurrence s’ouvre ce 12 février devant la Cour suprême espagnole, à Madrid, un procès contre la démocratie (lire page 13). Je serai assis sur le banc des accusés aux côtés de six anciens membres du gouvernement catalan, de l’ancienne présidente du parlement et de l’ancien président d’une autre grande ONG. J’encours jusqu’à dix-sept ans de prison pour des actes que je n’ai pas commis. Je serai jugé pour un crime de rébellion comme a pu l’être le général Tejero suite à sa tentative armée de coup d’État au parlement espagnol en 1981.

Ce crime imaginaire que j’aurais commis nécessite un processus de violence caractérisé qui n’a jamais eu lieu. Je serai également accusé du crime de sédition, qui exige un soulèvement populaire qui empêcherait l’application des lois ou l’actuation des autorités. Là aussi, c’est une pure invention. Ce procès a pour but de juger des hauts responsables catalans et les aspirations démocratiques de plus 80% de la population en Catalogne de décider de son avenir dans les urnes. Dépassé, Madrid répond à cette volonté populaire par la répression physique et judiciaire.

Nos libertés fondamentales sont en péril et cette parodie de procès, où la sentence à une lourde peine de prison semble par ailleurs déjà écrite, sera mise sous le feu des projecteurs de la communauté internationale. Aux yeux de celle-ci, les accusés seront déclarés non coupables et l’État, coupable de son incapacité à dialoguer, verra sa crédibilité s’effondrer. Critiqué pour la politisation de son système judiciaire et son manque de transparence, ce procès est l’expression d’un État en grande souffrance démocratique.

Être en prison me permet d’accuser l’État de violer nos droits fondamentaux. Rousseau dit que «renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs», je n’y renoncerai pas! Le respect des droits de l’homme est une base solide qui doit régir nos sociétés démocratiques. Aujourd’hui, en Espagne, ces droits sont bafoués sur l’autel de l’unité constitutionnelle. «I have a dream» qu’un jour l’État espagnol, un État étouffé par l’héritage du franquisme, se transforme en une oasis de démocratie. La crise est à la fois politique et démocratique. La réponse judiciaire qui est apportée ne fait que catalyser les tensions alors que seuls le dialogue et une issue politique permettront de les résoudre.

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