Procès déjà réussi et exemplaire

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Alors même que les avocats du cardinal Barbarin n’ont pas encore pris la parole et qu’ils défendront la relaxe de leur client non sans vraisemblance juridique, le procès mené à Lyon par les victimes du père Preynat a déjà présenté un des aspects les plus nobles de la justice: celui d’imposer un lieu de réparation.

Depuis trois jours, les débats sont menés avec doigté, fermeté, une pointe d’humour et beaucoup d’humanité par la présidente Brigitte Vernay. Il y a pourtant beaucoup de tensions, car la sincérité de l’Église catholique est en jeu à travers la figure la plus éminente du pays: le primat des Gaules, un cardinal réputé proche du pape. Mais, au fil des jours, la question qui pouvait sembler principale n’est plus de savoir si Philippe Barbarin sera condamné, ou l’un de ses collaborateurs. Au fil des jours, quelque chose de beaucoup plus important s’est passé.

La parole s’est libérée. Les victimes d’un prêtre qui a pu abuser d’enfants pendant vingt ans impunément, entre 1970 et 1990, puis qui est resté à la tête de paroisses et au contact de mineurs jusqu’en 2015, eh bien ses victimes ont pu interpeller les supérieurs de ce prédateur et les confronter à leur inaction, parfois à leurs mensonges. Le procès l’a démontré. Le cardinal Barbarin, s’il avait placé la protection des enfants par-dessus toute autre considération, aurait pu agir peut-être en 2004, peut-être en 2007 ou 2008, mais de façon certaine en 2010. Car alors il savait. Il n’a agi qu’en 2014, et il lui a fallu un an pour prendre les mesures définitives qui s’imposaient.

Cela mérite-t-il une condamnation pénale? Le tribunal le dira. Quoi qu’il en soit, pendant trois jours, les victimes autrefois honteuses et murées dans le silence ont pu affronter le prélat, le défier dans ses contradictions, ses silences, ses oublis dont on ne sait s’ils sont sincères ou s’ils couvrent des mensonges. L’Église avait tête basse. Elles, les victimes, ont traversé le procès comme une épreuve de vérité qui les a grandies et libérées – cela se voyait, jour après jour. Pour reprendre les mots de l’une d’elles: la honte a changé de camp. (TDG)

Créé: 09.01.2019, 21h47

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