Politique sanitaire dans le Grand Genève: Virginie Duby-Muller face à Mauro Poggia

Virginie Duby-Muller, députée à l’Assemblée nationale, Mauro Poggia, conseiller d’Etat, chef du Département de l'emploi, des affaires sociales et de la santé

Virginie Duby-Muller, députée à l’Assemblée nationale, Mauro Poggia, conseiller d’Etat, chef du Département de l'emploi, des affaires sociales et de la santé

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Genève accueille ce jeudi les 5es Assises transfrontalières du Grand Genève. Cette assemblée d’élus est l’une des structures de la gouvernance du projet d’agglo avec le Forum de la société civile qui vient de renouveler ses membres. //www.grand-geneve.org . Cette année le sujet est les politiques de santé dans le Grand Genève. Virginie Duby-Muller, députée à l’Assemblée nationale et Mauro Poggia, conseiller d’Etat, chef du Département de l'emploi, des affaires sociales et de la santé exposent leur point de vue

Notre politique sanitaire reste un défi

Virginie Duby-Muller, députée à l’Assemblée nationale

Avec son dynamisme économique et touristique, le bassin genevois connaît une hausse importante de sa population. Nous nous en réjouissons, mais cette situation est aussi un défi pour notre politique sanitaire. Malgré de bons établissements de santé, nous connaissons depuis plusieurs années des problèmes de démographie médicale en Haute-Savoie: la pénurie de médecins généralistes et spécialistes, leurs départs progressifs à la retraite, l’important turnover du personnel de santé – en particulier dans les EHPAD (équivalents des EMS à Genève) – face à l’attractivité de la Suisse… Parallèlement à ce phénomène, la fin du droit d’option en matière d’assurance maladie pour les frontaliers a contribué à aggraver davantage le déficit de l’offre.

Garantir la qualité et l’accès des soins à tous les patients de part et d’autre de la frontière, mais aussi de bonnes conditions de travail à notre personnel de santé: voilà tout l’enjeu de notre politique sanitaire transfrontalière. Nous vivons dans un bassin de vie commun avec Genève, et nous avons donc évidemment choisi de miser sur la coopération pour apporter des solutions durables à ces problématiques.

Aujourd’hui, de nombreuses synergies transfrontalières existent, et les exemples de réussite sont nombreux. Nous avons par exemple lancé avec le Canton de Genève une école transfrontalière de santé, pour augmenter le personnel soignant formé sur notre territoire. Quai 9 (association genevoise de réduction des risques liés aux drogues) et l’Apreto (Association pour la Réhabilitation des Toxicomanes à Annemasse) travaillent ensemble sur les problématiques addictives et de précarité sociale. Nos coopérations se développent également dans la lutte contre la pollution, avec le Programme d’actions transfrontalier pour la qualité de l’air du Grand Genève (PACT’Air).

Avec les élus de part et d’autre de la frontière, nous attendons maintenant avec impatience le véritable outil opérationnel de ces synergies: la Convention cadre franco-suisse sur la coopération sanitaire transfrontalière, qui doit être ratifiée en 2017 par nos parlements respectifs. Elle permettra de faciliter et promouvoir nos coopérations sanitaires, par exemple pour l’oncologie pédiatrique, les urgences…

En conclusion, notre politique sanitaire reste un défi, mais je suis convaincue que la coopération franco-suisse permettra de le relever.

Haut de la page

Réponses sanitaires par-dessus les frontières

Mauro Poggia, conseiller d’Etat, chef du Département de l'emploi, des affaires sociales et de la santé

Dans la santé, plus que dans tout autre domaine, les législations nationales ne devraient pas faire obstacle au bon sens. Pourtant, les relations franco-genevoises ne sont à cet égard pas toujours empreintes de respect mutuel.

Ainsi, depuis des décennies, Genève forme en nombre insuffisant le personnel soignant dont il sait avoir besoin, avec pour double effet, d’une part, de piller les établissements de soins français des professionnels qu’ils forment à leurs frais et, d’autre part, d’empêcher trop de nos jeunes de s’engager dans des professions dont les débouchés sont pourtant garantis.

Cette situation ne pouvait durer, et en décembre 2015, un observatoire transfrontalier a été créé par huit établissements hospitaliers de la région franco-genevoise sous le pilotage de l’Agence régionale de santé (ARS) et de la Direction générale de la santé de Genève. Son but est d’objectiver quantitativement le phénomène, tout en mettant progressivement en place des réponses efficaces.

En matière d’accès aux soins, cependant, il faut constater que la volonté de développer des relations sanitaires fut asymétrique ces dernières années. L’orientation vers la sécurité sociale des travailleurs frontaliers qui avaient opté pour des assurances mutuelles leur donnant accès aux soins en Suisse, par décision ministérielle française, n’a certes pas aidé, avec pour corollaire la construction, en France, de grands hôpitaux auxquels il faut garantir une patientèle, alors que les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) peuvent répondre à ce besoin.

Désormais, une opportunité s’ouvre à la région. La Suisse et la France ont en effet signé un accord-cadre sur la coopération sanitaire transfrontalière qui entrera prochainement en vigueur, et qui permettra de trouver des accords directement entre le Canton de Genève et les partenaires locaux français, notamment l’ARS, avec des effets sur la prise en charge, par la LAMal, et par la sécurité sociale.

Voilà une chance à saisir, tant par la France voisine pour développer des collaborations avec les HUG dans la médecine de pointe, que pour Genève, afin de rechercher des pistes permettant de maîtriser la hausse des coûts. Est-ce utopique d’imaginer un EMS en Pays de Gex, auquel les familles des communes genevoises environnantes auraient un accès privilégié, le tout avec une charge moindre pour la LAMal et les prestations complémentaires? Je ne crois pas, car la seule frontière qu’il ne faudra pas franchir est celle d’un compromis sur la qualité.

Haut de la page

Créé: 04.10.2017, 19h06

Image


Retrouvez ici tous les invités de la Tribune de Genève La rubrique L’invité(e) est une tribune libre (3000 signes, espaces compris) sélectionnée par la rédaction. Avant d’envoyer votre contribution, prenez contact assez tôt à courrier@tdg.ch, afin de planifier au mieux son éventuelle publication.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Russiagate: y a-il eu collusion entre Trump et Poutine?
Plus...