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Quel Plan Marshall pour la presse?

De restructuration en disparition de titres, dans un écosystème médiatique qui est bouillonnant de créativité sous la pression de la mutation numérique, la "crise de la presse" apparaît comme une vieille rengaine un peu surannée que l'on n'écoute plus que de manière distraite. La presse écrite imprimée souffre, oui et alors? Elle n'est pas la seule et les éditeurs n'ont-ils pas le devoir de repenser leur modèle économique après des années d'abondance si ce n'est de bombance publicitaire? Deux faits récents ont pourtant permis de prendre la mesure d'un changement notable dans la perception de cette crise de la presse en Suisse.

L'annonce de la création, le 7 octobre, d'une fondation richement dotée et destinée "à soutenir et stimuler l'existence de médias et de projets journalistiques de qualité", selon les termes de son président François Longchamp, marque l'irruption en force du mécénat privé dans le paysage médiatique suisse, à l'instar d'autres pays démocratiques qui n'ont pas un recours massif aux aides directes et étatiques. La présence de nombreux journalistes à cette conférence de presse était un bon indicateur de l'importance accordée à la fondation Aventinus et aux millions escomptés.

Soutiendront-ils, d'une manière ou d'une autre, un titre suprarégional tel que "Le Temps", propriété exclusive depuis 2014 de l'éditeur Ringier Axel Springer Suisse SA, aux ressources financières fragiles qui restreignent ses ambitions, ou un nouveau player numérique comme Heidi.news qui dépend de ses abonnés payants mais aussi du mécénat pour s'inscrire durablement dans le paysage médiatique suisse ? Une certitude, pour la presse dite de qualité ou de référence suprarégionale, l'ouverture aux partenariats privés implique une mutation éditoriale, et pas uniquement technologique, qui n'est pas sans risque pour la réputation farouchement défendue par les marques médias. La question de l'indépendance rédactionnelle, à l'ère du Netadvertising, ce format publicitaire qui utilise de nouvelles techniques de captation d'audience et placement de produits, ne disparaitra pas avec l'irruption du mécénat comme nouveau lien subventionneur.

L'autre fait notable a été la tenue à Berne d'une conférence nationale sur le thème de la "Transformation des médias et fédéralisme", le 18 novembre, avec le rôle des cantons comme axe de réflexion, à l'initiative de Fondation.ch. La centralisation et la concentration ont fait l'objet de conférences et d'ateliers qui déboucheront sur un rapport. Parmi les craintes relevées, la marginalisation des régions périphériques avec la montée en puissance de deux pôles médias en Suisse, principalement à Zurich et à Lausanne.

Tant les éditeurs privés que la SSR, mais aussi l'Agence Télégraphique Suisse, reconsidèrent leurs modèles d'affaires et leurs structures sous la pression de la fragmentation des audiences et la nécessité de diversifier les revenus. Si une certaine unanimité ressort des débats sur la nécessité de renforcer les aides indirectes (distribution), la vraie urgence est de faire payer Google et autre Facebook qui pillent les contenus des éditeurs sans les rémunérer.

La diversité de contenus dépend d'une réforme des droits voisins, donc d'une régulation accrue. C'est entendu mais c'est peu dire que le processus sera long et compliqué avant que les deux milliards de francs captés par les GAFA ne soient susceptibles d'être redistribués aux acteurs médiatiques suisses. D'ici là, bien des "petits poissons" auront péri. C'est là que le rôle des cantons prend tout son sens. Le fédéralisme dépend de la pluralité de acteurs et contenus de proximité. La conférence de Berne du 18 novembre bruissait d'un esprit volontariste et déterminé: la presse locale et régionale attend son Plan Marshall! Les prochains mois diront si les intentions sont suivies d'actes.

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