Pour que perdure le vivier alternatif genevois

Perspective

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L’affrontement entre l’Usine et les autorités a trouvé un heureux épilogue avec le compromis annoncé lundi. On ne peut que se réjouir que les parties aient enfin mis de l’eau dans leur vin ou dans leur bière. Mais cela règle-t-il tout?

Le débat s’est focalisé sur des questions de loi, de formalités administratives, de subventions et de vandalisme. Cependant, cette polémique a ravivé les dissensions entre, d’un côté, les tenants de la culture institutionnelle (ou «bourgeoise», selon certains), symbolisée par le Grand Théâtre, et, de l’autre, les tenants de la culture alternative, symbolisée par l’Usine. Mais dans le vacarme, on a finalement peu parlé de culture. C’est dommage. Car, avant d’être le plus grand débit de bière du canton, l’Usine est surtout l’un de ses derniers lieux culturels alternatifs. Or ceux-ci, qui ont proliféré entre la fin des années 80 et le début des années 2000, ont enrichi Genève. On y organisait des concerts et des spectacles accessibles à toutes les bourses.

Cette économie de moyens a permis à de nombreux artistes, qui n’avaient pas accès aux circuits culturels officiels, de faire leurs premières armes. Omar Porras, le metteur en scène du Teatro Malandro, qui se produit aujourd’hui aux quatre coins du monde, a monté ses premières pièces de théâtre dans le squat Le Garage. Le réalisateur Nicolas Wadimoff fut l’un des fondateurs de l’association Etat d’urgences, à l’origine de l’Usine. D’autres talents se sont révélés dans l’organisation d’événements et ont fondé des scènes culturelles qui ont aujourd’hui pignon sur rue, à l’instar du théâtre Le Galpon, qui a vu le jour à Artamis, ou de la Cave 12, née dans les sous-sols du squat Rhino. Des rangs de l’association Post Tenebras Rock (PTR), logée à l’Usine, sont sortis de futurs notables, comme l’ancien maire de Genève Patrice Mugny ou André Waldis, ancien directeur du festival La Bâtie et actuel conseiller culturel de la Ville de Genève. Il y en a d’autres.

Certes, ces lieux culturels alternatifs évoluaient souvent en marge de la légalité. Mais ils ont pu exister – voire être officialisés – grâce à la tolérance de politiciens qui avaient compris leur importance pour la diversité culturelle à Genève, et dont certains étaient issus de la droite, à l’instar de Guy-Olivier Segond ou de Claude Haegi. Il existe donc des ponts entre la culture dite alternative et la culture dite bourgeoise; le fait qu’Omar Porras ait fini par mettre en scène un opéra au Grand Théâtre en est la preuve. Ceux qui rêvent de faire fermer l’Usine, aussi bien que les barbouilleurs du Grand Théâtre, devraient s’en souvenir.

Créé: 11.01.2016, 18h14

Antoine Grosjean.

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