De la parole politique au passage à l'acte

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Le verbe a toujours été un attribut essentiel du pouvoir. Gouverner, c’est en partie expliquer, convaincre, dire les choses. Quand les politiques manquent à leur parole, quand des révélations creusent un gouffre entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font, la parole politique perd de sa crédibilité et délégitimise la fonction de l’élu. Le politique y perd de son «sacré», de son autorité, de sa capacité à agir sur le réel. La confiance dans la représentativité des élus s’étiole, la participation électorale faiblit et la démocratie avec. Le peuple attend alors une parole plus forte et peut remettre en cause la démocratie elle-même. Le parler vrai, ce n’est pas le «politiquement correct». Ce n’est pas non plus la provocation et la démagogie.

Quand un élu s’autorise des propos qu’on qualifie «d’irresponsables», qu’il se risque à des stigmatisations ou lance des insultes, ses mots résonnent dans les têtes et ont un effet désinhibant. La voix porte. Elle peut être rationnelle ou porter une émotion, provoquer de l’adhésion comme de la haine ou de la colère. La déshumanisation, elle, autorise la violence contre cet autre qui n’est plus respecté mais détesté, haï, nié même. Le mensonge, dit-on, serait une composante inhérente à la politique. Il peut certes y avoir une raison d’État, des calculs électoraux, des cachotteries coupables couvertes par le mensonge, de mauvaises intentions drapées de mauvaise foi. Mais la vérité finit toujours par éclater au grand jour, du moins dans un pays démocratique, quand l’opposition peut s’exprimer et que la presse est libre.

Le mensonge n’est pas en politique l’antinomie parfaite de la vérité. Il est aussi le contraire de l’honnêteté et du courage, deux qualités qu’on ne reconnaît en général qu’aux grands hommes d’État. Bref, accepter le mensonge avéré d’un élu, ne pas sanctionner des paroles publiques qui peuvent être suivies d’actes préjudiciables pour un ou des individus, pour une partie de la population, pour une corporation, ne sont pas sans conséquence, malgré les dénégations de leurs auteurs.

À Genève, en quelques mois le crédit des politiques a perdu de sa valeur. Et il faudra beaucoup d’efforts à ceux que l’intérêt public concerne pour redonner du poids à la parole publique. Mais il y a plus grave.

Aux États-Unis, l’élection de Trump et ses violentes diatribes racistes; au Brésil, les propos homophobes du président Bolsonaro ou les propos antisémites d’élus en Pologne, entre autres, ont déclenché une augmentation du nombre d’actes contre ces minorités. Le génocide des Tutsi au Rwanda ou des Rohingyas en Birmanie, sans remonter très loin dans l’histoire, ont tous été déclenchés par des discours haineux, compris comme des permis de tuer.

Toutes proportions gardées, la multiplication des insultes et agressions contre des journalistes durant les onze semaines de mouvement des «gilets jaunes», n’est pas totalement le fruit des circonstances. Ils ont suivi de nombreuses attaques de politiques français contre la presse. En traitant un journaliste de «vermine», en appelant ses troupes à «pourrir les journalistes», un élu de la République n’exprimait pas une opinion, il en appelait à agir. Quand des «gilets jaunes» guillotinent une effigie du président Macron ou quand un de ses leaders appelle à «marcher sur l’Élysée», ce n’est pas sans conséquence. C’est permettre que la violence l’emporte sur le droit, c’est appeler à renverser le pouvoir en place par la rue et non par les urnes. De même, un ministre de l’Intérieur qui qualifie une foule de manifestants de factieux voulant renverser la République justifie, a priori, les bavures policières qui ne manqueront pas de suivre.

L’honneur de la politique, c’est de savoir résoudre les conflits pacifiquement, de défendre l’intérêt général face aux intérêts particuliers. Sa damnation, c’est la violence. C’est pourquoi être élu implique d’endosser une lourde responsabilité. Respecter sa parole, lui conférer une vérité, exercer une bienveillance à l’égard de tous ses administrés et pas seulement de ses électeurs, être sincère, honnête sont autant de vertus attendues de nos représentants. Faut-il le leur rappeler en ces temps de doute? (TDG)

Créé: 31.01.2019, 20h58

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