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Le pari du Léman Express

Lucien Fortunati / Archives

Genève, 25 novembre

Nous sommes à quelques jours de l’inauguration en grande pompe du Léman Express (LE, anciennement CEVA). L’ambition urbanistique est trop rare à Genève pour qu’on réserve un accueil grincheux à cette belle réalisation. Mais n’exagérons tout de même pas.

Certains en attendent – ou plutôt nous ont vendu – une sorte de rédemption, un changement de comportement des pendulaires qui ouvriraient le troisième œil devant la merveille révélée: et si cet effet de délestage du LE sur le trafic pendulaire privé – estimé à 12% – était un flop annoncé?

On peut en effet se demander qui adoptera le LE sans hésiter une seconde. Sûrement les jeunes qui n’ont pas de voiture, ni dans la rue ni dans leurs gènes, de même que toutes celles et tous ceux qui prennent déjà les TPG et devaient faire jusqu’ici plusieurs transferts de lignes avec un temps de déplacement dissuasif.

Pour eux le LE sera peut-être une bénédiction. Mais les autres? Les victimes consentantes de l’étalement urbain? Est-ce que l’absence de parkings P+R aux terminus du LE, sans parler de leur attachement viscéral au cocon de leur habitacle, les inciteront vraiment à prendre le LE? On peut parier que non. Et même à supposer qu’un miracle se produise, l’effet rebond – «ça circule mieux, tu devrais essayer!» – aura tôt fait de supprimer toute réduction temporaire du trafic.

Alors, c’est sans espoir? Oui! À moins que ne soient prises des mesures symboliques fortes, de nature à rendre le transit encore plus chronophage aux heures de pointe.

Imaginez les principaux goulots d’étranglement en ville et supprimez par la pensée une voie de circulation. Par exemple, réservez une voie de circulation aux ambulances et TPG au boulevard du Pont-d’Arve entre 15 h 30 et 19 h 30. De la sorte, les pendulaires pressés de préparer le BBQ vespéral auraient encore plus de temps pour réfléchir aux avantages du LE et faire le bon choix!

Tout le monde comprend intuitivement que pour changer des comportements enracinés, les incitations positives ne suffisent pas. Il y faut en plus une dose bien mesurée de coercition. Aura-t-on le courage politique d’adopter – et accepter – les mesures d’accompagnement qui seules permettront de potentialiser l’effet de délestage du LE sur le trafic pendulaire?

Michel Gressot

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