«Paniquez!» C’est fait, Greta. Et maintenant?

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«Notre maison est en feu. Je veux que vous paniquiez», exigeait Greta Thunberg, 16 ans, devant l’intelligentsia planétaire réunie à Davos en janvier dernier. Huit mois plus tard, le feu se propage de maison en maison. Et un vent de panique souffle de plus en plus fort pour atteindre un bon force 8 à 9 sur l’échelle Beaufort, qui en compte 12 (ouragan). Greta Thunberg, puis les mouvements de jeunes qui ont suivi, ont lancé l’alerte tout autour de la planète avec un écho sans précédent.

Dès ce week-end on peut s’attendre à un nouveau pic de chaleur citoyenne. La rue, un peu partout, va voir défiler des centaines de milliers de manifestants sur fond de sommet climatique mondial, qui s’ouvre lundi aux Nations Unies à New York. Comme un gaz, la question climatique s’infiltre dans tous les strates de la population, à tous les étages de tous les secteurs. Elle fait partie de tous les plans d’avenir, catastrophe ou non, qu’ils soient politiques, économiques ou philosophiques. La Suisse, en cette période de campagne pour les élections fédérales, en offre le meilleur exemple. Les candidats s’arrachent le climat, chacun revendiquant un apparentement de premier rang, historique, avec la nature.

Les discours en quelques mois se sont aiguisés et radicalisés. Ainsi le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui par fonction doit jouer la prudence, a lâché jeudi des termes chocs qui semblent tirés directement des slogans de la jeune militante suédoise: «Nous sommes en train de perdre la course (contre le réchauffement climatique)… Nous faisons face à une menace dramatique, pas seulement pour le futur mais pour la planète d’aujourd’hui… L’impact peut être dévastateur… La nature est fâchée et elle riposte… Le coût le plus important est celui de l’inaction. Les gouvernements doivent agir… Je n’en connais pas un qui tôt ou tard ne cède pas à la pression de l’opinion publique…» Même si pour Washington, cela risque d’être très tard.

Reste que si Antonio Guterres et avec lui nombre de gouvernants ont changé de discours, c’est bien parce qu’au-delà des chiffres du GIEC, le changement climatique frappe avec la violence d’un coup de pied au ventre. Les signes du changement sont là, visibles, vécus: l’exceptionnelle canicule 2019, l’été le plus chaud de l’histoire, l’ouragan Dorian qui a aplati les Bahamas, signe de dérèglement, le spectaculaire recul de glaciers emblématiques comme celui d’Aletsch…

Une nouvelle étude publiée cette semaine répond à ceux qui se demandaient encore si ces deux petits degrés de plus allaient vraiment changer leur vie. Les chercheurs français travaillant pour le GIEC annoncent une hausse potentielle de la température de huit degrés en 2100, si rien n’est entrepris. Huit degrés de plus, la fournaise qui donnera au bassin lémanique un air de Death Valley. Nos petits enfants seraient alors au gril. Cette fois, on peut paniquer tranquille. Le réchauffement nous fera authentiquement suer.

Est-ce que la panique est bonne pour l’action? Disons que c’est un outil de communication efficace. Pour le reste, elle crée surtout de l’agitation et du désordre dans l’action. Plus dangereux, la panique induite par des perspectives catastrophistes peut conduire à un sentiment d’impuissance, à la résignation et à l’inaction.

Voyageons, buvons et ripaillons, tant qu’on le peut encore, veut la devise des condamnés lorsque l’espoir s’est effacé. C’est un des dangers nés de l’extraordinaire mobilisation 2019 pour le climat. Nous serions donc bien avisés de paniquer, un peu, mais sans se laisser tétaniser.

Créé: 20.09.2019, 07h30

Pierre Ruetschi, journaliste, directeur du Club suisse de la presse

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