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L'OMS et la santé des multinationales

Après les cigarettiers, Monsanto ou l’industrie automobile, c’est le monde des jeux vidéo qui tremble. L’Assemblée mondiale de la santé, réunie à Genève, va décider cette semaine si l’addiction à ceux-ci doit être inscrite au registre des maladies. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait déjà considéré en juin 2018 qu’une pratique excessive et continue de jeux sur écran constituait un trouble du comportement.

Si les quelque 120 pays décident d’en faire une pathologie, ils devront prendre des mesures de santé publique pour lutter contre d’ici à 2022. En Corée du Sud, l’industrie du jeu vidéo craint qu’une telle décision n’ait un impact négatif sur ses affaires. Lors de son forum annuel, qui s’est tenu à Séoul en avril, les concepteurs de jeux et de consoles numériques convoquaient à la tribune une série d’experts estimant que l’OMS n’apportait pas de preuves suffisantes pour faire de l’addiction aux jeux vidéo une maladie. Mieux, ils faisaient la démonstration qu’une pratique contrôlée était bénéfique au développent des enfants. Un neurologue de la Faculté de médecine de Séoul expliquait que le fait de jouer non-stop sur une console n’était pas un trouble du comportement mais un manque de self-control.

Jusqu’ici, certaines multinationales ont cherché par tous les moyens à contrer les directives de l’OMS qui leur portaient préjudice: mensonges, campagnes de lobbyistes, études complaisantes ou mises sous le tapis. Après la condamnation de Monsanto à verser deux milliards de dollars de dommages et intérêts à un couple d’Américains qui utilisait le Roundup depuis 1982 et la perspective d’une série de coûteux procès à venir, il n’est pas sûr que le groupe désormais propriété de l’allemand Bayer ait fait un bon calcul.

En outre, l’image de marque des multinationales est ternie par leurs méthodes visant à tromper les consommateurs plutôt que de remettre en cause leur production. Le quotidien français «Le Monde» révélait ce mois qu’un cabinet de lobbying fichait pour Monsanto, des scientifiques, des journalistes et des militants qui pourraient influer sur le renouvellement de l’autorisation du glyphosate en France et en Europe, celui-ci étant le principe actif de son produit phare, le désherbant Roundup. Cette même semaine, on apprenait que le groupe Coca-Cola payait des chercheurs et des personnels de santé pour contester ou étouffer toute étude qui ferait le lien entre le taux de sucre de ses boissons et l’obésité.

Officiellement, Coca assure que les scientifiques sous contrat ont toute liberté de recherche et publication. Cependant, l’ONG américaine US Right To Know montrait que certaines clauses sur la confidentialité, le secret des affaires ou les droits de publication aboutissaient à la non-publication d’études défavorables. Les géants du tabac paient depuis longtemps une armée d’influenceurs dans leur lutte contre la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac et toutes les réglementations visant à réduire cette consommation (taxes, paquet neutre, etc.).

Après le scandale Volkswagen de 2015, l’opinion publique apprenait aussi que des groupes automobiles ont trafiqué les tests d’émissions de gaz de leurs voitures diesels. Les émissions de ce carburant avaient été classées trois ans auparavant comme cancérigènes par l’OMS. Coïncidence?

Après les procès de l’amiante et ceux du glyphosate, les multinationales devraient comprendre que leur intérêt économique à long terme serait d’intégrer les études de santé publique au cahier des charges de leurs produits plutôt que de les ignorer, voire de chercher à les évacuer ou à les décrédibiliser. Leur image s’en porterait mieux. Et les consommateurs aussi.

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