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Une nouvelle victoire de la colère

Le pays phare de la mondialisation, la nation fondée sur l’immigration, a renversé la table. En disant stop à ce qui la constitue. Contre toute attente, Donald Trump l’a emporté. Il n’a pas seulement mobilisé «les petits Blancs» auxquels il s’adressait surtout. Il a aussi séduit d’autres oubliés, issus de minorités qu’il n’a pourtant pas ménagées. Ces «sans voix» ont fait gagner l’homme qui a réussi, celui qui s’est dressé contre des politiciens vus comme des beaux parleurs et des profiteurs, celui qui a su porter leurs peurs. Fermeture, égoïsme, rejet: dans des discours au vocabulaire de 700 mots, le magnat de l’immobilier a su saisir l’ampleur des frustrations et des colères de l’Amérique profonde, loin des préoccupations des élites culturelles. Les oubliés de la croissance de la «Rust Belt», la ceinture industrielle des Etats-Unis, les immigrés de fraîche nationalité étasunienne craignant de voir arriver des clandestins qui voleraient un peu de leur place au soleil, ont fait la différence. Le candidat républicain parlait de sa candidature comme d’un «Brexit plus plus plus». Cette victoire s’inscrit en effet dans ce basculement du monde qui voit la défiance des peuples s’exprimer et la colère balayer la raison. Les discours de progrès, de solidarité, ne passent plus dans nombre de pays. Après le Brexit, et la montée des populismes en Europe, cette élection sonne comme un nouveau signal. Les peuples plébiscitent l’autorité, le rejet de l’autre, le protectionnisme économique. Un monde s’effondre. Un autre naît.

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