Neuchâtel continue de gratter ses plaies

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«Nous n’avons plus le luxe d’acheter la paix». Lorsque nous l’avions rencontré il y a quelques jours, le président du Conseil d’Etat neuchâtelois Jean-Nat Karakash avait eu cette formule un brin amer en conclusion de l’état des lieux qu’il dressait de son canton.

Longtemps à la pointe des prestations sociales, Neuchâtel n’a plus les moyens de ses ambitions. Au régime sec en raison de ses finances publiques anémiées, il doit réduire drastiquement ses coûts de fonctionnement. D’où un train de réformes menées au pas de charge pour concentrer tout ce qui pourrait l’être: un seul hôpital de pointe, une seule circonscription judiciaire, et un seul Palais de Justice. Et tant pis pour les réflexes régionalistes et le célèbre malaise Haut Bas.

Voilà pour la théorie. Las…

A quelques encablures des élections cantonales auxquelles tous ses ministres se représentent, le Conseil d’Etat neuchâtelois voit son bilan de législature voler en éclats. Dimanche, il semblait k.-o. debout à l’annonce d’un résultat qu’il se refusait à envisager. Son projet de planification hospitalière s’est cassé les dents sur la résistance acharnée du haut du canton. Désormais tout est à reprendre à zéro.

Et pour que le calvaire du gouvernement soit complet, les adversaires de l’hôtel judiciaire de La Chaux-de-Fonds ont réuni près du double des signatures nécessaires pour un référendum. Voilà qui promet une nouvelle votation populaire difficile sur fond de rivalités régionales.

Décidément, Neuchâtel n’en finit pas de gratter ses plaies. N’en déplaise aux statistiques fédérales qui en font une agglomération fonctionnelle, Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds refusent de fondre leur destin par convenance économique. Leurs habitants s’accrochent à leur identité: protestants et bourgeois dans le Bas, catholiques et ouvriers dans le Haut. Ces étiquettes ne résisteraient peut-être pas à une analyse plus fine des réalités, mais elles forgent encore les représentations que les populations ont d’elles-mêmes. «Un canton, un espace»: la formule sonne creux.

Les chiffres n’ont pourtant que faire de ces oppositions régionales. L’étude publiée hier par PricewaterhouseCoopers donne malheureusement raison au gouvernement. Neuchâtel n’a pas un problème de recettes. Celles-ci sont les plus élevées en comparaison avec Bâle, Berne, Fribourg, le Jura et Soleure. En revanche, ses charges de fonctionnement par habitant sont beaucoup plus élevées et ce surcoût provient en grande partie de la santé et de la sécurité sociale. Le canton vit donc bel et bien au-dessus de ses moyens. Et il faudra une créativité hors-norme au futur gouvernement pour soigner le mal financier dont souffre le canton tout en restaurant la confiance et la cohésion sociale entre les régions.

(TDG)

Créé: 16.02.2017, 19h45

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Judith Mayencourt,
Responsable rubrique Suisse

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