Naturalisation facilitée: Barazzone face à Nidegger

Guillaume Barazzone et Yves Nidegger.

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La procédure de naturalisation des étrangers de 3e génération, nés et scolarisés en Suisse, pourrait être facilitée. C’est l’un des objets du scrutin du 12 février et une évidence pour le maire de Genève, Guillaume Barazzone: «Ces étrangers sont des Suisses». Le conseiller national Yves Nidegger n’est pas de cet avis: «La burqa n’est pas hors sujet».

Ces étrangers sont des Suisses

Guillaume Barazzone, maire de Genève, conseiller national PDC

Le 12 février prochain, les citoyens sont appelés à corriger une anomalie. Actuellement, on peut être né en Suisse, avoir 25 ans ou moins, maîtriser une langue nationale, avoir fréquenté une école pendant au moins 5 ans, être le fils ou la fille d’un parent qui a vécu dans le pays pendant au moins 10 ans et a été scolarisé dans le pays pendant 5 ans, être le petit-fils ou la petite-fille d’immigrés ayant acquis un droit de séjour et être… considéré comme n’importe quel étranger du point de vue du droit. Illogique.

Rappelons d’abord ceci: un oui du peuple et des cantons ne signifierait pas une naturalisation automatique pour les étrangers de 3e génération, mais une naturalisation facilitée. En clair: pour devenir Suisse, il faudra toujours le vouloir explicitement et en faire la demande auprès des autorités. Autre précision importante: même en cas de oui, les cantons et les communes pourront toujours se prononcer sur les cas soumis.

La naturalisation facilitée se justifie pour celles et ceux qui sont déjà parfaitement intégrés et qui vivent comme des citoyens helvétiques. Les étrangers de 3e génération, âgés de 25 ans ou moins et qui répondent à des conditions très strictes (lire le premier paragraphe), rentrent dans cette catégorie. Combien sont-ils? 24 650 au maximum sur près de 2 millions d’étrangers vivant en Suisse, soit 1,23%. Qui sont-ils? Essentiellement des citoyens d’Europe du Sud (Italiens, Espagnols, etc.) comme l’a très bien illustré la Tribune de Genève dans ses éditions du 13 janvier.

Un oui le 12 février signifierait aussi la fin d’une inégalité de traitement. Plusieurs cantons (Genève, Vaud, Neuchâtel, Jura, Fribourg, Berne et Zurich) ont déjà introduit une naturalisation facilitée dans leur droit cantonal pour les étrangers de 3e génération. Pourquoi est-ce qu’un demandeur valaisan ou saint-gallois ne pourrait pas bénéficier des mêmes droits qu’un demandeur genevois ou vaudois?

Les étrangers de 3e génération concernés par cette votation sont depuis longtemps des Suisses comme les autres. Il ne leur manque que le passeport à croix blanche. Il est temps aujourd’hui qu’ils puissent voter, se faire élire et participer pleinement à la vie politique de leur pays. En devenant citoyens helvétiques, ces individus auront par ailleurs de nouveaux devoirs vis-à-vis de leur patrie. Parmi ceux-ci, l’obligation de servir dans l’armée. Une obligation qui ne pose pas de problème aux personnes naturalisées. En 2014, une enquête de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich avait révélé que 60% des jeunes recrues issues de l’immigration étaient motivées par le service militaire.

La Suisse doit construire son avenir avec l’ensemble de ses forces vives. Et les étrangers de 3e génération en font assurément partie.

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La burqa n’est pas hors sujet

Yves Nidegger, conseiller national UDC

N’en déplaise à ceux qui, comme Ada Mara, instrumentalisent leur histoire familiale pour vendre le produit, le texte proposé au peuple le 12 février prochain ne concerne nullement les petits-enfants des immigrés italiens des années 1960. Ils n’en ont aucun besoin; tous sont suisses, soit qu’un de leurs parents est suisse (35% des mariages sont mixtes), soit que leur famille s’est naturalisée en bloc durant leur enfance (les pères, au minimum trentenaires des jeunes de 9 et 25 ans concernés, n’avaient plus à servir sous les drapeaux). Quant à ceux – si tant est qu’ils existent – dont les parents auraient oublié de faire la démarche, ils remplissent par définition toutes les conditions d’une naturalisation ordinaire qui leur tend les bras depuis des années. L’emballage collé sur le produit «troisième génération» est mensonger et hors sujet.

Une règle nouvelle, faut-il le rappeler, déploie des effets sur le futur, pas sur le passé, même si la publicité de ses auteurs s’y réfère bruyamment. Or, qui sont les migrants d’aujourd’hui dont la progéniture se prévaudra demain du statut de «3e génération» afin de devenir suisse sans examen d’intégration?

A l’évidence, les vagues du Printemps arabe et de ses conséquences en Afrique subsaharienne qui entrent et entreront en Suisse en forçant les frontières de l’Union européenne. Donc, pour l’essentiel, des hommes jeunes, voire très jeunes, de culture islamique.

Or que dit le texte? Qu’il suffit qu’un migrant, arrivé par hypothèse, comme requérant d’asile mineur il y a dix ans, ait suivi cinq ans d’école obligatoire et obtenu un permis C avant d’aller épouser au bled une jeune fille qu’il ramène en Suisse la veille de l’accouchement, pour que leur enfant soit de «troisième génération» à la seule condition supplémentaire de rendre vraisemblable qu’un des quatre parents de ces deux migrants a séjourné en Suisse une fois dans sa vie, même dans un passé lointain.

Peu importe que la mère de l’enfant ne sorte pas de chez elle et n’apprenne jamais le français, peu importe que le père ne dispose d’aucune formation post-obligatoire et que son casier judiciaire soit long comme le bras, peu importe que la famille vive de l’aide sociale, la bonne intégration de l’enfant sera présumée. Après 5 ans d’école primaire, il sera naturalisé sur simple demande des parents, même s’il ne serre pas la main de l’institutrice. Parce qu’il est né en Suisse.

J’exagère? A peine. De leur droit du sol, nos voisins en sont revenus dare-dare lorsqu’ils ont vu émerger une génération de citoyens qui n’avait rien de Français, sauf le passeport.

Symbole du refus d’intégration, la burqa de l’affiche n’est pas hors sujet.

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Créé: 17.01.2017, 22h53

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