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Une monnaie pleine de (contre-)vérités

La Suisse est le seul pays où les citoyens sont appelés aux urnes à l’initiative de quelques-uns pour chambouler s’ils le souhaitent l’ordre établi. La plupart du temps, ils n’en saisissent pas l’occasion et préfèrent même, à la stupéfaction générale du reste du monde, le renforcer. C’est ainsi que la majorité d’entre eux ont refusé d’allonger leurs vacances ou de baisser leurs impôts, comme ils accepteraient sans doute de travailler plus longtemps et de gagner moins. Leur attachement à ce qui fonctionne les amène le plus souvent à rejeter l’aventure, telle l’idée utopique d’un revenu inconditionnel, ou à s’abstenir de sauter dans l’inconnu, comme lorsqu’ils ont écarté l’initiative «No Billag». Ils feront sans doute de même avec l’initiative dite «Monnaie pleine», un peu ubuesque et surtout au libellé trop complexe. Ce n’est pas «courage, fuyons», mais plutôt «dans le doute, abstenons-nous».

Contre-vérités et «fake news» se sont succédé tant du côté des banques que des autorités et des facultés

À vrai dire, tout a mal démarré. Les initiants, partis d’un bon sentiment mais escortés d’un bagage théorique compliqué bien qu’assez pertinent, ont multiplié les maladresses: explications confuses, fournies le plus souvent par des partisans n’ayant eux-mêmes rien compris à la problématique de la création monétaire. Empilement de couches qui, sur d’autres sujets, suffiraient à invalider l’initiative pour cause d’absence d’unité de matière. Raideur et intransigeance des concepteurs de l’idée centrale, qui auraient mieux fait de laisser un peu de place aux accommodements avec la réalité. Mais ce n’est pas mieux du côté des opposants.

Contre-vérités et «fake news» se sont succédé tant du côté des banques que des autorités et des facultés. Pour faire court, toutes ont martelé qu’une acceptation de l’initiative renchérirait le crédit, déstabiliserait l’économie et ferait entrer la politique dans une sphère jusqu’ici réservée à la Banque centrale. Des comptables en partie double ont confondu masse et base monétaires. Des doctorants en économie aux œillères plaquées sur les tempes ont quasi traité d’imbéciles ceux qui essayaient de voir plus large.

Dommage. Car il aurait valu la peine de débattre sereinement* d’un projet certes irréalisable aujourd’hui, mais inscrit dans une évolution qui à la longue lui donnera raison: à l’heure de la monnaie électronique et des technologies financières (fintechs), il n’est pas interdit d’imaginer qu’un beau jour on puisse se passer complètement du truchement des banques dans le trafic des paiements. La blockchain appliquée aux transactions financières est déjà une réalité.

Pourquoi toute la monnaie fiduciaire ne le serait-elle pas? Ce ne serait pas la fin de l’octroi de crédits par les banques, en tant que celles-ci disposent encore de l’expertise nécessaire pour juger de la qualité des projets et de la solvabilité des emprunteurs. Ce ne serait pas non plus la fin du conseil qu’elles prodiguent en matière de placements, encore qu’elles ont là, déjà, affaire à la concurrence d’intermédiaires non bancaires. Bref, il y a toute une série de métiers que les banques conserveraient en tous les cas, pour peu qu’elles parviennent à se montrer moins coûteuses et plus imaginatives qu’à présent, confortablement installées qu’elles sont sur les rentes de situation que leur assurent une législation et des habitudes héritées du passé.

*Cf. par exemple l’intervention de Benoît Cœuré au Centre international d’études monétaires et bancaires de Genève

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