Médias: le piège «algorithmique»

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Big data, algorithmique et Intelligence Artificielle (IA) sont devenus l’alpha et l’oméga de nos sociétés. Ces technologies ont aussi un impact majeur sur le futur du journalisme. L’Institut Reuters de l’Université d’Oxford vient de publier un rapport à ce sujet. Selon ce rapport, les médias, certes, continuent de créer l’agenda des informations, mais les entreprises de plates-formes en ligne contrôlent l’accès aux audiences. Le journalisme perd souvent la bataille de l’attention du public et même celle de la confiance du public dans certains pays. Financer le journalisme produisant les informations de qualité est toujours plus difficile et cela affaiblit le journalisme professionnel. Mais le rapport termine sur une note optimiste: les informations sont plus diverses que jamais et, dans bien des cas, «le meilleur journalisme est meilleur que jamais».

Pour ce qui nous concerne, nous voudrions souligner que les «data», couplées aux algorithmes et à l’IA constituent un piège pour les médias. Se produit ce que l’on a appelé dans différentes de nos recherches, la «googlization» des médias. L’âge d’or des médias était basé sur la production journalistique, sur la production d’informations de qualité. La «googlization» des médias, au contraire, c’est la part la plus belle aux flux de données qui accompagnent la consommation des médias. Lorsqu’un média capte l’attention d’un lecteur, ce qui est fondamental, ce n’est plus forcément le contenu journalistique ni la qualité de l’information qui importe, mais le comportement du lecteur. Quelles sont les thématiques qui intéressent le lecteur, à quel moment, en quel lieu consomme-t-il le média? Toutes les données correspondantes sont enregistrées, et revendues auprès de certaines firmes. Les «data» deviennent la principale valeur ajoutée contemporaine des médias.

Un autre piège consiste à croire que nous produisons de plus en plus d’informations. Il faut rappeler les distinctions fondamentales entre les données qui sont de simples nombres ou signes sans signification, les informations qui donnent du sens à ces données, et, enfin, la connaissance qui permet de contextualiser et de faire des analyses intelligentes sur la base d’informations.

Le piège algorithmique majeur est que notre société reproduise en boucle des volumes de «data» toujours plus grands avec une part élevée d’informations «pauvres» ou basiques, voire de «fake news»… Lorsqu’une information basique apparaît, elle est, en effet, multipliée sur les réseaux sociaux, les plates-formes, les forums et, certes, cela fait croître le «big data», mais c’est loin d’être de l’analyse, de la connaissance. Nous n’avons pas de mesure objective, mais il est probable qu’en raison du nombre décroissant de professionnels produisant l’information (les journalistes), la production d’informations de qualité susceptibles de déboucher sur la connaissance soit évanescente.

Pour mesurer ces phénomènes, et éviter la mise en abyme parfaite qui consisterait à analyser grâce aux algorithmes comment ceux-ci produisent de l’information, Medi@LAB développe de nouvelles recherches sur l’écologie des médias, à partir d’enquêtes et d’analyses avec une base qualitative forte. Par exemple, la pluralité du traitement de l’information par les médias est étudiée, ou encore est menée une grande enquête sur la confiance et la perception de la qualité de l’information.

Créé: 08.03.2019, 11h48

Patrick-Yves Badillo, professeur UNIGE-Medi@LAB

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