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Médias et justice: sus aux intermédiaires!

On appelle ça la «désintermédiation». C’est un néologisme lourd, emprunté au langage économique et commercial. Il se traduit par la réduction ou la suppression des intermédiaires dans un circuit de distribution. Étendu aux institutions d’une démocratie, c’est un très vilain mot.

C’est cette «désintermédiation» que cible Olivia Dufour dans son récent livre «Justice et médias», dont le projet s’affiche en sous-titre: «La tentation du populisme» (LGDJ, Lextenso Éditions). Elle prend au sérieux l’avertissement précoce du sociologue Dominique Wolton, dans «Informer n’est pas communiquer» (2009): «Il faut se méfier de ce qui est apparemment moderne et renforce le mythe d’une société «en direct» débarrassée d’intermédiaires.»

Olivia Dufour est Française, avocate de formation passée au journalisme. Elle collabore à la presse économique et juridique de son pays. Elle tient un blog, «La plume d’Aliocha».

Elle situe l’origine du phénomène dans le monde rêvé de la Silicon Valley et la vision d’un citoyen appelé à «s’émanciper des corps intermédiaires pour enfin exister pleinement».

Olivia Dufour se garde de disqualifier par principe les réseaux sociaux, qui font voie à l’expression de chacun. Mais elle rapproche leur faculté de constituer très rapidement des foules nombreuses et puissantes – et pas seulement virtuelles! – du fantasme de la disparition des intermédiaires: «[…] à n’importe quel moment et dans des délais très brefs, une foule est susceptible de se constituer spontanément ou sous influence pour remettre en cause une institution et exiger d’elle qu’elle se plie à sa volonté.»

Comme l’indique le titre, l’auteure s’attache à la justice et aux médias. Les seconds partagent certes le sort des intermédiaires, depuis qu’ils se voient privés de nombreux privilèges par les effets de l’internet. Ils n’en sont pas moins des instruments puissants de la «désintermédiation» qui frappe l’institution judiciaire.

D’une plume tonique, Olivia Dufour déroule: affaire Kerviel, affaire Merah, affaire Tron, affaire Sauvage, affaire Fillon, affaire Barbarin. Les contextes sont différents, les enjeux variables. Le moteur reste le même: imposer au fonctionnement de l’institution judiciaire, souvent lente et complexe, l’attente pressante d’une opinion publique encline à juger, quitte à faire fi de la présomption d’innocence, du secret de l’instruction ou de la liberté de parole de l’avocat lors des audiences.

S’agit-il d’une «faillite française», pour reprendre le titre du précédent livre d’Olivia Dujour? Il est permis d’en douter. Le dogme contemporain de la transparence entre en conflit frontal avec la contrainte du secret auquel la justice est tenue. Il paraît très ambivalent en matière de presse. «D’un côté, les journalistes s’appuient sur le culte de la transparence pour légitimer les atteintes à la vie privée, au secret de l’instruction, à la confidentialité des rapports avocats/clients, au secret d’État… De l’autre, les mêmes défendent, avec raison mais sans toujours saisir la contradiction intrinsèque qui affecte leur position, le secret des sources en ce qu’il est une condition de la survie du journalisme.»

Sauf à rappeler que sous des climats divers, les origines des fuites dans les affaires judiciaires, et les motivations de leurs auteurs, posent aussi quelques questions.

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