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Lutte contre l'antisémitisme: les mauvais procès d’une juste cause

Peut-on à la fois lutter contre l’antisémitisme, condamner la colonisation israélienne et reconnaître le droit à l’existence de l’État d’Israël? Il faut croire que non. Le mauvais procès fait à l’actrice israélo-américaine Natalie Portman en est une illustration. Son refus d’aller chercher le prix Genesis – qui devait lui être remis à Jérusalem en présence du premier ministre Benyamin Netanyahou – lui a valu d’être accusée de trahison par des ministres et une partie de la presse israélienne.

Yuval Steinitz, ministre des Infrastructures, osait déclarer que la star de «Black Swan» «avait une relation à Israël proche de l’antisémitisme». L’interprète de Padmé Amidala dans «Star Wars» serait même passée «du côté obscur de la force», selon Gilad Erdan, autre ministre du gouvernement. La virulente ministre de la Culture, Miri Regev, estimait que Natalie Portman était tombée «comme un fruit mûr dans les mains du BDS, le mouvement Boycott Désinvestissement Sanctions», quand bien même l’actrice ne boycotte aucunement les produits d’Israël et y mène une œuvre sociale.

L’actrice n’en avait pourtant pas rajouté dans sa déclaration, parlant d’«événements récents extrêmement éprouvants», l’empêchant de «prendre part à la cérémonie la conscience libre», sans plus de précision. Ces faits qu’elle n’a pas voulu explicitement évoquer, ce sont les tirs de l’armée israélienne contre des manifestants à Gaza, début avril, causant la mort de sept civils et des centaines de blessés parmi les Palestiniens. Fin avril, c’est en Belgique que le premier ministre Serge Michel désapprouvait la remise par l’Université libre de Belgique des insignes de docteur honoris causa au réalisateur britannique Ken Loach. Il ajoutait qu’«aucun accommodement avec l’antisémitisme ne peut être toléré». Pourtant, l’Université maintenait sa décision et son recteur déclarait qu’il «n’y a pas d’antisémitisme ou de négationnisme à reprocher à Ken Loach», dont l’œuvre porte, il est vrai, la marque de l’humanisme.

L’antisémitisme est un délit puni par la loi, l’expression d’une haine irrationnelle qui peut devenir meurtrière et non une opinion. L’antisionisme est un mot fourre-tout qui désigne des points de vue politiques, employé indifféremment pour désigner par exemple ceux qui critiquent la colonisation israélienne en Cisjordanie et ceux qui dénient à Israël le droit d’exister. On ferait mieux en l’espèce de parler d’anticolonialistes et d’anti-Israéliens.

Alors qu’en France des juifs ont récemment été assassinés parce qu’ils étaient juifs, une polémique oppose ceux qui pointent un nouvel antisémitisme des banlieues, qui se nourrit du conflit israélo-palestinien et ceux qui les accusent d’islamophobie. La confusion, une fois encore, n’aide en rien à la paix des esprits. La haine d’Israël peut conduire à l’antisémitisme. Pour autant, l’anticolonialisme n’est pas un antisémitisme. Et la critique de l’islamisme antisémite n’est pas de l’islamophobie.

Sur la couverture de son dernier livre, qu’il a lui-même barré d’un tampon «Antisémite», Pascal Boniface, le directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques à Paris, raconte comment il a été traité d’antisémite parce qu’il était critique à l’égard de la politique d’Israël. Une infamie qui l’a frappé durement, lui, sa famille et le centre de recherches qu’il a fondé. En la matière, «mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde», comme l’écrivait Albert Camus.

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