Comment Macron s’est fait un nom en Europe

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L’histoire européenne du nouveau président français, Emmanuel Macron, passe par les colonnes des sept journaux qui composent la Leading European Newspaper Alliance (Lena), regroupant El Pais, La Repubblica, le Tages-Anzeiger, la Tribune de Genève, Die Welt, Le Figaro et Le Soir. L’anecdote vaut d’être racontée car elle dit beaucoup de la manière dont cet homme a construit un destin qui doit un peu à la chance, mais rien au hasard.

Nous sommes en novembre 2014. Le Soir, le magazine français L’Obs et le quotidien flamand De Standaard organisent un colloque de deux jours consacrés à l’avenir de l’Europe, qui mettra sur la sellette la nouvelle Commission – «de la dernière chance» – de Jean-Claude Juncker. L’occasion est belle d’y convier le jeune français qui vient d’être nommé ministre de l’Economie en remplacement de ce Montebourg qui croit décrocher la timbale présidentielle en jouant la provocation et en prenant la pose du rebelle arrogant.

Emmanuel Macron accepte avec empressement notre invitation et nous reçoit un samedi matin à Bercy pour une interview qui doit positionner son profil européen. Il «vend» alors son idée d’un «New Deal européen»: «Cela veut dire, pour la France, conduire des réformes pour elle-même, qu’elle a trop longtemps repoussées.

Cela veut dire moderniser notre économie, la rendre plus productive, en ouvrir les accès, la débloquer. C’est essentiel pour nous et pour réenclencher la confiance chez nos partenaires. Car le New Deal européen implique, en Europe, de lancer un programme ambitieux. […] En faisant de vraies réformes en France, nous serons parfaitement légitimes à demander de réels investissements au niveau européen.» Ceux qui ont entendu le président français ce lundi aux côtés d’Angela Merkel remarqueront que l’homme n’a pas changé un iota d’un discours qui ne devait donc rien, à Berlin, à l’opportunisme.

Retour à novembre 2014. A la fin de l’interview, nous précisons à l’attachée de presse que si son ministre veut s’adresser à une audience européenne large, un groupe de journaux est en cours de constitution avec pour but précisément, dans le chef des éditeurs propriétaires, de donner naissance et de nourrir une opinion publique européenne. «Message reçu», nous dit-elle.

Quelques mois plus tard, au début de juin 2015, coup de fil de Paris. L’attachée de presse d’Emmanuel Macron se rappelle à nous: «Votre association de journaux européens fonctionne?». Le ministre français de l’économie va se rendre en Allemagne et a signé, pour chauffer la salle européenne, une carte blanche avec son homologue allemand, Sigmar Gabriel, qu’ils souhaitent diffuser le plus largement possible. Cet appel politique à «Une Union solidaire et différenciée» paraît ainsi conjointement le 4 juin dans nos sept journaux, auxquels s’est ajouté pour la circonstance – requête de Macron – The Guardian pour la Grande-Bretagne. C’est dans ce texte que les deux ministres, «confrontés à des chiffres du chômage inquiétants et à une santé économique qui poussent chaque Etat à tirer son épingle du jeu», appellent à la création d’un budget commun à l’échelle de la zone euro. Ils y font le constat suivant: «L’euro s’est fondé sur un accord politique franco-allemand. Mais aussi sur une ambiguïté constructive typiquement européenne. Cela donne à la France et à l’Allemagne une responsabilité particulière pour pallier les carences de l’euro. [...] Cet agenda de convergence entre les Etats membres poserait les bases d’un budget commun à l’échelle de la zone euro, qui est la condition de l’efficacité de notre union monétaire. [...] Cette capacité budgétaire comprendrait à terme deux volets: un volet production, pour soutenir des investissements, et un volet de stabilisation, avec des stabilisateurs automatiques européens. Ce budget disposerait de ressources propres et d’une capacité d’emprunt. [...] Il ne pourrait et ne devrait pas dispenser les Etats membres d’une discipline budgétaire nationale.»

Un an plus tard, à quelques jours de l’édition 2016 de notre colloque Soir-Standaard-L’Obs, c’est le conseiller européen de celui qui n’est plus ministre mais préside le mouvement En Marche! qui nous contacte: «Emmanuel Macron sera à Bruxelles au moment de vos Journées, il serait ravi d’y prendre la parole.» Et voilà le candidat non déclaré, de retour sur la scène de Bozar en débat avec la commissaire Vestager, pour montrer son plus beau profil européen aux dizaines de caméras et de journalistes français qui suivent désormais pied à pied celui qui n’a pas encore fait son coming out présidentiel.

A Carlos Moedas, commissaire européen à la technologie qui complète ce soir-là le panel, nous faisons cette prédiction: «Cette scène de Bozar porte chance: qui la foule est promis à un avenir brillant. Voyez le chemin parcouru en deux ans par vos deux partenaires de débat: pratiquement inconnue il y a deux ans, Madame Vestager est aujourd’hui considérée comme l’une des personnalités plus puissantes de la planète, citée comme possible présidente de la Commission.

Cela vaut aussi pour Emmanuel Macron, dont personne ne connaissait quasi le nom, et qui pourrait être le prochain président de la France.» Il l’est donc devenu.

Créé: 19.05.2017, 16h19

Béatrice Delvaux, Editorialiste en chef au journal belge «Le Soir»


Chaque semaine, la Tribune de Genève publie un point de vue sur l’actualité signé par un éditorialiste européen, dans le cadre de notre alliance LENA avec six grands journaux du continent: El País, La Repubblica, Le Figaro, Le Soir, Die Welt et le Tages-Anzeiger.

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