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Macron: «un homme de gauche qui fait une politique de droite»

Qui est Emmanuel Macron? Le grand public le découvre en septembre 2014 quand il entre au gouvernement Hollande. Mais comment expliquer son succès aux présidentielles face aux deux principales forces politiques qui se partagent le pouvoir depuis une soixantaine d’années? Parce qu’il incarne la stratégie qui dispose des plus puissants appuis au cœur des élites françaises.

Macron est diplômé de Sciences Po Paris, puis de l’Ecole nationale d’administration, ce qui lui vaut de compter parmi la poignée de jeunes espoirs recrutés par l’Inspection générale des finances (IGF). Depuis les années 1950, avec l’Ecole des mines, c’est la voie royale pour accéder aux cercles dirigeants de l’Hexagone – cabinets présidentiels ou ministériels, directions du Trésor et du Budget, présidence de la Banque de France et de l’Autorité des marchés financiers, mais aussi conseils d’administration des sociétés du CAC 40 et directions des grandes banques et assurances.

Les diverses sensibilités de l’IGF défendent un même agenda néolibéral: baisse des charges patronales, réduction des dépenses publiques, libéralisation financière, privatisations, etc. Mais sur le plan politique, Macron prône l’alliance entre le PS et le centre droit de François Bayrou. En 2007, il est nommé par Nicolas Sarkozy corapporteur de la Commission Attali «pour la libération de la croissance française». L’année suivante, il rentre à la banque d’affaires Rothschild. En 2012, il conseille le candidat François Hollande, avant de devenir son ministre de l’Economie en 2014.

Les appuis de Macron sont au cœur de la classe dirigeante française: Alain Minc (ex-soutien de Juppé), Serge Weinberg (banquier et président de Sanofi), Jean Peyrelevade (banquier et auteur du programme économique de Bayrou en 2007), Pascal Lamy (ex-Président de l’OMC), etc. C’est pourquoi il est le mieux placé pour rassembler 60% des élus de droite et de gauche qui acceptent les contre-réformes exigées par l’industrie et la finance: «S’ils se coupent en deux, on n’aura jamais de majorité.» (Jean-Louis Beffa, grand patron de Saint-Gobain).

Comme Beffa, Macron mise sur l’importation du modèle politico-institutionnel d’outre-Rhin. Quelle meilleure garantie offrir aux élites allemandes, que le grand patronat français voudrait voir accepter une centralisation accrue de la zone euro, avec un Ministère des finances, des prélèvements et des transferts communs, autorisant une solidarité fiscale entre les Etats membres?

Afin de gagner ce pari, Macron doit rallier le plus grand nombre de transfuges des Républicains et du PS en marginalisant les frondeurs socialistes et la France Insoumise, comme le FN et la droite dure. Son succès permettrait à la droite économique d’envisager la fin de «l’exception sociale» française. C’est pourquoi il a pu être présenté à juste titre par un membre du très élitaire club Le Siècle comme un «homme de gauche qui fait une politique de droite» ( Le Monde , 13 nov. 2015).

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