Cette loi trahit la laïcité à la genevoise

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Il convient tout d’abord de dévoiler la véritable escroquerie intellectuelle dont se rendent coupables celles et ceux qui défendent la loi sur la laïcité de l’État soumise au peuple cette semaine. Prétendre que cette loi ne fait qu’entériner une pratique existante et qu’elle donne un cadre légal à une laïcité de consensus est tout simplement un mensonge.

Au contraire, la loi sur laquelle nous votons constitue une véritable rupture avec les pratiques pacifiées de la laïcité à la genevoise. Elle va, entre autres, introduire pour la première fois l’interdiction faite aux membres du parlement cantonal ou des conseils municipaux de porter des signes religieux. Dès lors, la loi assimile des élus du peuple à des agents de l’État: un non-sens total.

Lorsqu’un conseiller d’État s’adresse aux médias, il défend la position de l’État, et non sa position personnelle, car il incarne ce dernier. Dans une moindre mesure, les fonctionnaires, appelés à s’exprimer publiquement au nom de l’État, le représentent également. Un fonctionnaire de l’état civil aura donc le devoir de procéder à des célébrations de partenariats enregistrés pour des couples de même sexe, quelles que soient ses positions personnelles – y compris religieuses – à ce sujet.

En revanche, le rôle et les prérogatives des députés sont d’une nature presque entièrement opposée. Ce sont des représentants du peuple et de leur parti. Si les députés devaient représenter l’État, il ne leur serait plus possible d’exprimer une diversité de point de vue, ce qui est l’essence même d’un parlement en démocratie. On se retrouverait dans un système de parti unique. Ce serait la fin de la diversité des partis, de la démocratie parlementaire et de la séparation des pouvoirs. Les députés ont été élus par la population pour la représenter dans toute sa diversité.

De plus, cette loi donne à l’État la possibilité, également controversée, d’interdire les signes religieux ostentatoires dans l’espace public. Les communes seront obligées de se séparer de certaines employées – patrouilleuses scolaires ou accueillantes familiales – dont la tenue ne pose aucun problème. De ce fait, l’État dicterait aux femmes concernées leur façon de s’habiller. De tout temps, l’habillement, quel qu’il soit, exprime une appartenance.

Dès lors, une réglementation est discriminatoire et notamment en contradiction avec la Constitution fédérale qui stipule que «nul ne doit subir de discrimination du fait notamment de son origine, de sa race, de son sexe, de son âge, de sa langue, de sa situation sociale, de son mode de vie, de ses convictions religieuses, philosophiques ou politiques ni du fait d’une déficience corporelle, mentale ou psychique». Cette loi amène la confusion et représente une rupture inacceptable avec la laïcité à la genevoise. Elle provoque une polarisation des débats qu’un texte respectueux des traditions genevoises n’aurait jamais occasionnée. (TDG)

Créé: 06.02.2019, 13h06

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