Loi sur la laïcité: neutralité et liberté sont garanties

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En cette fin de campagne «laïcité», un étranger de passage pourrait avoir l’impression qu’à Genève on est en train de se déchirer sur la question de savoir si une députée musulmane a le droit de porter un foulard et si le Conseil d’État doit pouvoir interdire le port de signes religieux.

En réalité, ce sont là des arbres qui cachent la forêt. Car enfin, cette loi établit clairement le principe de la neutralité de l’État, sans laquelle il n’y a pas de laïcité, et elle donne toutes les garanties qui doivent permettre de préserver un bien dont on ne mesure l’importance que quand on l’a perdu: la paix religieuse.

La neutralité implique aujourd’hui l’abandon du statut privilégié accordé aux trois Églises dites historiques. Et la sauvegarde de la paix, comme le rappelle la loi, passe par la liberté de conscience et la liberté d’exprimer son opinion et sa croyance, mais aussi par le rejet du prosélytisme.

Revenons une dernière fois sur les deux principaux griefs entendus. Pour prévenir des troubles graves, le Conseil d’État pourrait interdire pour un temps limité le port des signes religieux dans le domaine public. Inqualifiable atteinte aux droits individuels, comme on l’a dit? Au contraire, c’est une mesure de prudence, dont il faut espérer qu’elle ne sera jamais appliquée mais qu’il convenait de penser à froid.

Pas besoin d’aller loin de Genève pour voir l’effervescence que provoquent les décisions hâtives quand on se trouve tout à coup face à une défaillance législative. À supposer qu’un jour de 2038 des porteurs de kippas se feraient agresser en ville par des porteurs de turbans (ou l’inverse), on sera bien heureux de pouvoir interdire dans l’heure le port de tous les signes à connotation religieuse, le temps de calmer les esprits.

Quant à la disposition relative aux signes religieux chez les députés, il est vrai qu’elle aurait mérité de la part du législateur une analyse plus fine. Qu’un magistrat (mettons une conseillère d’État ou une maire de commune) et un agent de l’État (par exemple un instituteur) s’abstiennent de manifester leur appartenance religieuse dans le cadre de leur fonction, c’est une règle de conduite qui reflète bien la culture politico-religieuse de Genève.

Le président du Grand Conseil représente aussi l’État et doit s’astreindre à cet impératif. Mais le député, la députée de base représentent quant à eux le peuple et sa diversité. Leur imposer un uniforme n’apparaît pas justifié… et il y a beaucoup à parier que cette disposition ne résistera pas longtemps aux recours juridiques.

Aucun texte législatif n’est parfait. Accepter une loi n’est pas déclarer qu’elle devrait être gravée dans le marbre des royaumes éternels. C’est simplement reconnaître qu’elle vaut mieux que la situation qui prévaut. Or, la loi sur la laïcité, qui traduit une indispensable exigence de neutralité et de liberté, vaut mille fois mieux que l’absence de loi en la matière. Et ce n’est pas un contre-projet de dernière minute qui change ici quoi ce soit. (TDG)

Créé: 06.02.2019, 13h06

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