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Un logiciel espion pour traquer les journalistes et militants

Manon Schick proteste contre un programme informatique utilisé par des gouvernements pour espionner des défenseurs des droits humains.

Un simple appel sur WhatsApp suffit pour installer un logiciel espion sur votre téléphone et avoir ainsi accès à toutes vos conversations et vos données. Fiction? Non, réalité! Ce logiciel, nommé Pegasus, est fabriqué par l’entreprise israélienne NSO Group et vendu à des gouvernements pour «prévenir les actes criminels et terroristes», selon les dires de cette société.

Dans les faits, ce logiciel a été utilisé pour cibler au moins une centaine de défenseurs des droits humains dans le monde, a révélé WhatsApp la semaine dernière. L’application de messagerie a dénoncé cette exploitation malveillante d’une faille de sécurité.

Des recherches menées par Amnesty International avaient déjà mis en évidence que ce logiciel espion avait été utilisé par des gouvernements pour attaquer des militants de la société civile, dont au moins 24 défenseurs des droits humains, journalistes et parlementaires au Mexique, ou encore Ahmed Mansoor, lauréat du prix Martin Ennals pour les défenseurs des droits humains, condamné à dix ans de prison aux Émirats arabes unis.

Il est probable que ce logiciel ait également été utilisé par les autorités saoudiennes pour surveiller le journaliste Jamal Khashoggi avant son assassinat. Il a en tout cas servi pour espionner trois autres dissidents saoudiens.

Amnesty International elle-même a été prise pour cible: l’un de nos collaborateurs a reçu un SMS contenant un lien qui, s’il avait été activé, aurait installé secrètement le logiciel Pegasus et permis de prendre le contrôle de son téléphone.

Ce jeudi, le Tribunal de district de Tel-Aviv doit examiner une action judiciaire intentée par des membres d’Amnesty International. Notre objectif est clair: le moyen le plus sûr d’empêcher que les logiciels espions de NSO ne parviennent entre les mains de gouvernements qui prévoient de les utiliser à mauvais escient serait que le Ministère israélien de la défense révoque la licence d’exportation de l’entreprise.

«Hélas, une fois de plus, les intérêts financiers priment sur le respect des droits humains»Manon Schick, directrice d’Amnesty International Suisse

Les entreprises informatiques doivent être tenues pour responsables quand leurs produits sont utilisés pour violer les droits fondamentaux. L’entreprise israélienne NSO a fait un premier pas en indiquant qu’elle prendrait des mesures pour éviter à l’avenir que ses outils servent à réduire au silence des militants ou des journalistes, mais cette annonce tardive nous laisse sceptiques. Par le passé, NSO a tenté à de multiples reprises de se soustraire à l’obligation de rendre des comptes pour son rôle dans ces violations flagrantes.

Selon une enquête du quotidien alémanique «Tages-Anzeiger» publiée au printemps dernier, la firme israélienne aurait bénéficié d’un financement de 500 millions octroyé par la banque Credit Suisse. Un exemple qui démontre hélas une fois de plus que les intérêts financiers priment sur le respect des droits humains.

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