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Une leçon de solidarité

La planète économique se disloque petit à petit. C’est en tout cas l’impression que donne la lecture des chiffres qui tentent de traduire l’intensité des flux de ressources monétaires entre le Nord (pays développés) et le Sud – pays en développement. Selon la dernière édition du World Economic Situation and Prospect 2017, publié par l’ONU il y a quelques semaines, les flux du Sud vers le Nord sont plus importants que ceux allant en direction inverse. En termes nets donc, selon l’ONU, le Nord importerait de l’épargne des pays du Sud. Cette situation n’est pas entièrement nouvelle, mais comme elle se pérennise, elle dément les promesses de transfert à grande échelle des ressources vers le Sud, notamment au titre de l’aide au développement. La complexité conceptuelle et les problèmes statistiques de la question sont telles, qu’en dépit des efforts de l’ONU, il est impossible – et le rapport le reconnaît - d’élaborer une mesure unique et non discutable des « flux nets ». Ceci étant, il y a au moins quatre points qui sont peu discutables. Premièrement, l’aide publique au développement marque le pas. En 2016, celle-ci s’élevait au 0.3% des PIB combinés des pays de l’OCDE, alors qu’en 1964 la promesse était de 1%, révisée ensuite à 0.75% - cible toujours valable aujourd’hui. Deuxièmement, les bénéfices exportés vers les maisons-mères correspondent aux 2/3 des flux d’investissements directs privés allant du Nord vers le Sud. L’effet net de ce flux est donc nettement plus réduit qu’il n’en paraît à première vue. Troisièmement, les intérêts versés par les acteurs du Sud sur les emprunts passés (stock de dette) correspondent à environ ¼ des flux de nouveaux crédits. Finalement, et cela est le plus important, les transferts des travailleurs migrants vers leurs pays d’origine pèsent à peu près autant, bon an mal an, que le flux des investissements directs – entre 250 et 300 milliards de dollars, et plus du double de l’aide publique au développement. La pingrerie légendaire du Nord (publique et privée) n’est-elle pas une des causes – certes indirectes – de la migration et du mal-développement ? Poser la question c’est y répondre.

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