L’Acropole attend le retour de ses marbres

L'invitée

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le nouveau musée de l’Acropole, inauguré le 20 juin 2009, fête cette année 10 ans d’activités remarquables. Pendant cette période, il est devenu un des meilleurs musées du monde, accueillant plus de 14,5 millions de visiteurs. Lauréat du Prix 2010 du «Meilleur musée du monde» décerné par l’Association britannique d’écrivains de guides touristiques, en 2013 il a figuré 3e sur la liste des 50 meilleurs musées du monde publiée par le journal «The Times» et en 2017 au 8e rang sur la liste publiée par TripAdvisor.

Entre le 13 et le 20 juin, le Musée a organisé une série de festivités pour célébrer son 10e anniversaire, dont la pièce de résistance, l’ouverture au public dès le 21 juin des fouilles archéologiques au-dessous du musée. Ces vestiges, datant du IVe millénaire av. J.-C. au XIIe siècle ap. J.-C., ont été découverts lors de la construction du musée. Toujours intacts, ils nous donnent un aperçu inédit de la vie quotidienne dans un quartier antique au pied de l’Acropole.

Le premier musée, qui se trouvait sur l’Acropole, est devenu trop petit pour accueillir le grand nombre de visiteurs, donc en 1976, le président Constantinos Karamanlis a lancé l’idée de la construction d’un nouveau Musée de l’Acropole. Après quatre concours architecturaux, le mandat a été attribué à l’architecte franco-suisse Bernard Tschumi, avec la collaboration de Michael Photiadis.

Le nouveau musée de l’Acropole est conçu dans un style d’avant-garde. La transparence de son architecture avec ses grandes baies vitrées s’ouvre sur l’Acropole. La conception de la construction est ingénieuse: une pente douce, comme celle empruntée par les Athéniens pour gravir le «rocher sacré», relie le rez-de-chaussée au premier étage; le dernier étage ou «Salle du Parthénon» a une structure rectangulaire qui reproduit les mêmes dimensions et la même orientation que le monument en face. De ce fait, la lumière de l’attique qui éclaire les marbres dans le musée est identique à celle qui illumine le temple.

Le dernier étage est consacré aux marbres du Parthénon – la décoration sculptée qui ornait jadis le temple et dont la moitié des pièces existantes se trouve à Athènes. Ils sont exposés aux côtés des pâles reproductions des sculptures manquantes qui se trouvent toujours au British Museum à Londres. Cette juxtaposition des originaux avec des moulages en plâtre souligne l’absurdité de l’état actuel où un ensemble artistique, une suite narrative, a été séparé en deux entre Athènes et Londres. L’exposition des marbres à Athènes est de toute beauté, contrairement au manque de véritable mise en valeur dans le cadre terne et obscur du Duveen Gallery au British Museum. Le cadre transparent permet aux marbres de retrouver le soleil et la lumière de l’attique, leur environnement naturel et historique.

La majeure partie des marbres exposés à l’étranger ont été «enlevés» par le diplomate britannique Lord Elgin afin de décorer sa maison en Écosse, au début du XIXe siècle, à une époque où la Grèce était encore sous le joug des Ottomans. Cet acte de pillage a occasionné des dégâts, voire la destruction de plusieurs sculptures. De surcroît, les problèmes financiers de Lord Elgin l’ont obligé à vendre les marbres au gouvernement britannique, qui en a fait don au British Museum en 1816. Dès 1842, ayant retrouvé sa pleine indépendance, la Grèce a entamé des négociations pour le retour des marbres. Un tournant décisif s’est produit en 1984 quand Melina Mercouri, la ministre hellénique de la culture, a adressé une demande officielle au British Museum. Demande souvent réitérée par le gouvernement grec, sans mention de la légalité de l’acquisition des marbres par les Britanniques, qui se heurte toujours à un «non» catégorique des Trustees du British Museum.

La réunification des marbres du Parthénon au Musée de l’Acropole est une revendication des personnes du monde entier. L’Association internationale pour la réunification des sculptures du Parthénon (IARPS), qui a été fondée en 2005 et réunit 20 comités nationaux dans 18 pays, fait campagne pour la réunification en étroite collaboration avec les autorités grecques. Celles-ci ne souhaitent pas engager une action en justice, une politique respectée par l’IARPS. Les marbres du Parthénon ont été conçus en tant que partie intégrante du monument emblématique de la culture européenne, symbole de notre démocratie occidentale reconnu comme patrimoine culturel mondial. Leur réunification au Musée de l’Acropole est avant tout un impératif culturel et moral. De la sorte, ils pourront témoigner de l’expertise sans pareil des sculpteurs antiques du Ve siècle av. J.-C. et nous rappeler les origines de la démocratie.

Traduction du texte original par le Comité suisse pour la réunification des marbres du Parthénon présidé par le Pr Dusan Sidjanski (pvg@dusan-sidjanski.eu et +41 22 710 66 03)

Créé: 25.06.2019, 18h28

Christiane Tytgat

Présidente de l’IARPS

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.