Joseph Deiss, l’UE et les apprentis sorciers

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«Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à ma mort pour que vous puissiez le dire.» Il faudra rappeler cette citation apocryphe de Voltaire à ceux qui ont déchaîné la campagne de haine qui frappe Joseph Deiss pour son opinion selon laquelle la Suisse aurait plus à dire sur son avenir en adhérant à l’Union européenne qu’en en restant à l’écart.

Opinion que je conteste, je l’ai dit à Joseph et publiquement, car d’une part les petits pays ont de moins en moins à dire dans l’Union (tout comme le Parlement d’ailleurs, les dernières nominations européennes le montrent une fois encore) et d’autre part la Suisse a choisi une voie différente, celle des accords bilatéraux. C’est cette voie bilatérale qu’il s’agit maintenant de parcourir jusqu’au bout, sans distractions qui ne font qu’attiser la méfiance d’un peuple qui, à quelque 80%, dirait non à une adhésion. C’est d’ailleurs l’erreur du Conseil fédéral en 1992, qui déposa une demande d’adhésion au moment même où il soumettait au peuple l’Espace économique européen. On en connaît le résultat.

Mais l’opinion de Joseph Deiss est légitime, et il a le droit de l’exprimer, même si elle ne correspond pas aux vues du Conseil fédéral en charge, ni à celles du PDC suisse d’ailleurs. Qu’il doive pour cela écoper des insultes à la pelle et au moins deux menaces de mort pour «traîtrise à la patrie» sur le blog des Jeunes UDC est évidemment inacceptable. Je lui exprime ici toute ma solidarité, personnelle et politique. Les Jeunes UDC pour leur part se défendent d’être à l’origine des insultes et menaces postées sur leur page. Mais tout apprenti (sorcier) sait que les commentaires, ça se modère, surtout lorsqu’on lance un thème sensible assorti d’une verte critique à une personnalité politique.

Mais la question de fond est posée: où en sommes-nous arrivés dans les outrances du débat politique suisse? Il est étonnant que ceux qui comparent, à leur Assemblée des délégués, l’Union européenne à l’Allemagne nazie, se surprennent de certains dérapages qu’ils provoquent chez de jeunes esprits peu habitués à la dialectique. Chers amis UDC: vous avez le droit de voter contre l’accord-cadre, Joseph Deiss et d’autres ont le droit de plaider pour une adhésion à l’UE. Quant au PDC, il a le devoir de se battre jusqu’au bout pour cette voie bilatérale qui a fait ses preuves, qui apporte tant de bénéfices à la Suisse, qui est la seule à jouir du soutien d’une majorité de nos concitoyens.

Mais tout cela se discute sérieusement et sereinement, c’est le propre du débat politique et c’est la seule attitude vraiment suisse, chers amis qui arborent si volontiers la croix fédérale. La diabolisation des opinions divergentes ne fait pas partie de notre culture. Quant aux apprentis sorciers, nous n’en sentons vraiment pas le besoin. La Suisse préfère certainement Voltaire à ceux qui sont prêts à assassiner des politiques pour délit d’opinion, comme cela vient d’être le cas en Allemagne et, dans la campagne pour le Brexit, au Royaume-Uni!

Créé: 17.07.2019, 16h20

Filippo Lombardi

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