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Quand l’insulte suffit à clore le débat

Il souffle cet automne un vent mauvais dans les universités françaises, un petit vent aigrelet d’intolérance et de censure qui a frappé à Bordeaux la philosophe Sylviane Agacinski et à Paris le journaliste Mohamed Sifaoui.

La première, taxée d’homophobie notoire par des associations d’étudiants de l’Université Montaigne de Bordeaux, a vu annuler la conférence qu’elle devait donner sur «L’être humain à l’époque de sa reproduction technique».

Le second, qui préparait un séminaire intitulé «Prévention de la radicalisation: compréhension d’un phénomène et détection des signaux faibles» s’est aussi fait traiter d’islamophobe par des associations d’étudiants et il a vu son cours supprimé par la présidence de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne…

Qu’en est-il de Sylviane Agacinski? Femme de gauche, féministe et personnalité engagée pour les droits des homosexuels, elle peut difficilement être soupçonnée d’homophobie.

Mais ces dernières années, elle a pris des positions critiques envers l’homoparentalité: tout en approuvant le droit d’adoption des homosexuels, elle rejette l’extension de la PMA (procréation médicalement assistée) aux couples de lesbiennes et plus encore la GPA (gestation pour autrui), que ce soit pour les couples homosexuels ou hétérosexuels.

Dans un essai publié au mois de juin, elle détaille ses raisons et explique la faiblesse du débat sur la GPA par le fait qu’une partie de la communauté gay la revendique comme un droit. «Montrer que cette pratique est une forme de servitude, c’est encourir l’accusation d’homophobie», écrit-elle.

Quatre mois plus tard, c’est ce qui lui est arrivé. Face à des étudiants décidés à empêcher sa conférence, les organes de l’Université ont reculé, invoquant la crainte de violences. Piètre excuse. En réalité, il a suffi d’une insulte – homophobe! – pour que les courages s’éteignent et que le débat soit clos.

À Paris, l’accusation est différente – islamophobe! – mais elle est tout aussi ridicule. Mohamed Sifaoui, musulman laïque, est certes très critique envers les islamistes, mais il se trouve que les premiers inscrits à son séminaire sur la radicalisation étaient une quarantaine d’imams envoyés par la Grande Mosquée de Paris… Tiens, ils trouvent ça intéressant, va-t-on eux aussi les soupçonner d’islamophobie? Dans une telle situation, que pèsent encore les arguments?

L’essentiel de l’attaque portait sur le titre du séminaire, comme si parler de signaux faibles était une défiance envers l’ensemble des musulmans.

Embarrassé, le président de Panthéon-Sorbonne, George Haddad, a fait savoir au «Figaro» qu’il n’avait pas supprimé le cours mais qu’il l’avait suspendu, «pour permettre de rendre ce projet plus efficace et si possible mieux compris par les censeurs en tous genres». Étrange formule. Que faut-il comprendre d’un recteur qui se soucie moins de défendre la liberté de ses enseignants que de ménager «les censeurs en tous genres»?

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