«Il est indispensable de ne pas céder à la tentation du bouc émissaire»

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Face à de tels événements, il nous faut commencer par traverser les premières étapes du deuil, le choc, le déni, la colère, la tristesse. Ces étapes sont nécessaires, car nous sentons bien que nous avons perdu quelque chose, un grand pan d’insouciance, celle qui nous permettait de penser que cela n’arrive qu’ailleurs, loin d’ici. Car nous n’oublions pas qu’un jour avant Paris, Beyrouth subissait le même sort sans que l’on ne s’en émeuve particulièrement.

Mais les étapes suivantes du deuil, la résignation et l’acceptation, ne sont pas de mise, ni pour les citoyens ni pour les responsables politiques.

Pour les dirigeants politiques, la réponse passe forcément par les mesures à prendre pour combattre Daech et ceux qui le servent sciemment ou aveuglément. Qu’il faille une coalition est une évidence, mais la condition pour qu’elle soit efficace est que les pays qui la composent renvoient au second plan leurs agendas cachés et s’engagent pleinement pour l’objectif fixé. Ce qui importe encore, c’est de tirer la leçon des interventions passées. Une présence militaire dans un pays doit forcément être suivie d’un retrait. Mais celui-ci ne peut se faire sans que l’on se préoccupe, sur le plan civil, de faciliter la mise en place d’institutions civiles et d’un Etat de droit. Sans justice, sans sécurité intérieure, sans organisation institutionnelle durable, les interventions militaires créent des régions de non-droit qui représentent un vrai terreau de recrutement pour les organisations terroristes.

«Les musulmans sont les premières victimes de Daech»

En Europe et en Suisse, la question du renseignement est un point central. Ce qui frappe, après chaque attaque, est de découvrir que c’est moins le manque d’informations que le manque de moyens de les traiter qui fait défaut. Les citoyens suisses devront vraisemblablement voter l’an prochain sur la nouvelle loi sur le renseignement adoptée au parlement fédéral. La base légale actuelle doit être renforcée. Les moyens pour appliquer ce renforcement souhaité devront aussi être mis en œuvre. Par ailleurs, on peut se réjouir de la mise hors service du «Facebook» maison créé par Daech, mais il faut se souvenir que les réseaux sociaux, visibles et invisibles, ne devraient pas échapper à la vigilance et constituent une source d’informations bien plus précieuse que le contrôle des frontières… Encore faut-il s’en donner les moyens.

Mais le plus important reste ce que nous pouvons promouvoir et défendre en tant que citoyens. Lorsque des valeurs telles que la liberté, la démocratie, le respect, la solidarité sont attaquées, on doit les défendre. Oublier cela, c’est faire le jeu de ceux qui tuent pour faire régner la terreur. Ils ne visent pas seulement les personnes – ils visent clairement les ingrédients du «vivre-ensemble» dans une société ouverte. C’est pourquoi il est indispensable de ne pas céder à la tentation du bouc émissaire. Les musulmans sont les premières victimes de Daech, ce n’est pas être naïf ni «Bisounours», selon un terme à la mode, que de le rappeler ici. La discrimination, la stigmatisation ne sont ni justifiables ni tolérables de façon générale. Mais dans le cas particulier, ce serait, au-delà de la faute morale, une erreur grave, une façon de se rendre complices de ceux que l’on prétend combattre.

Le monde est dangereux, la nature et les hommes nous le rappellent sans cesse. Face au danger, les barrières ne seront jamais assez élevées pour nous protéger. Ce n’est pas là que réside notre force. Elle prend sa source dans notre capacité individuelle et collective à promouvoir, à respecter et à faire respecter nos valeurs, celles qui fondent notre Etat de droit, celui décrit par la Constitution genevoise à son article 1 comme étant «démocratique, fondé sur la liberté, la justice, la responsabilité et la solidarité».

Créé: 18.11.2015, 19h06

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Martine Brunschwig Graf - présidente de la Commission fédérale contre le racisme

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