Passer au contenu principal

Horreurs pédophiles: François reste sourd

«On se demande qui est atteint de surdité dans cette affaire», lâche Peter Isely, porte-parole d’Ending Clerical Abuse. Les mots sont lourds de sens. Au premier rang de la salle du Club suisse de la presse, une traductrice en langue des signes s’escrime. Face à elle, trois jeunes, Claudia, Ezequiel et Daniel, suivent ses gestes, concentrés à l’extrême.

C’est de leur vie, de leur sort que l’on parle. Ils font partie des victimes de l’Institut Provolo de Mendoza, en Argentine. Là, des prêtres leur ont infligé le pire pendant des années (2004-2016): viols multiples, fellation, flagellation, exposition à des films pornographiques, masturbation, ligotage et autres violences. Parfois, un prêtre agissait seul; parfois, ils étaient plusieurs à s’acharner sur des enfants de 4 à 17 ans. Leurs crimes, ils les commettaient de préférence dans un petit confessionnal adossé au bâtiment de l’école. Ils sont sourds-muets, des victimes de rêve pour leurs bourreaux. Ils ne parlent pas, ne racontent rien, même en langue des signes. Car les religieux se gardaient bien de l’enseigner et punissaient les élèves qui s’y essayaient quand même. Pas de traces audibles ni directement visibles: les saignements de la fillette de 5ans sont épongés par un lange qu’on lui glisse dans la culotte après la torture. L’horreur à son paroxysme. L’homme dans son abomination la plus totale.

Les monstres étaient nombreux, mais Nicolas Corradi sort du lot. Le prêtre sévissait dès les années 90 à l’Institut Provolo de Vérone, la «maison mère». Des suspicions relayées par les médias avaient poussé l’Église à faire gentiment le ménage en 2010. Quelques prêtres relégués ou déplacés. Le Père Corradi reste impuni et s’en va en Argentine pour répliquer l’Institut Provolo, à la Paz d’abord, à Mendoza ensuite où il détruit encore quelques dizaines de vies d’enfants.

En 2016, révélations. Il est arrêté et inculpé. Et le 25novembre dernier, l’infâme criminel de 83ans est condamné à 42ans de prison. D’autres procès suivront encore. Car les victimes progressivement sortent du silence. Mercredi, les «survivants» étaient donc à Genève pour témoigner auprès des rapporteurs de diverses commissions onusiennes (droits de l’enfant et droits de l’homme notamment), soutenues aussi par des ONG, dont l’Organisation mondiale contre la torture. Le lendemain, victimes, avocats et ONG ont poursuivi leur route jusqu’à Rome, avec l’espoir de rencontrer le pape. Ils sont formels. François l’Argentin ainsi que le clergé en haut lieu savaient. Les victimes ont alerté le Saint-Siège à tous les niveaux à plusieurs reprises, dès 2013.

Mais François reste sourd aux appels. Et c’est bien à sa surdité que fait allusion Peter Isely. Le pape doit sortir de son mutisme sur cette affaire pour donner une reconnaissance salvatrice aux victimes, mais aussi pour couper les ailes aux désaxés qui sévissent encore.

L’affaire Provolo, symbole des pires atrocités et de toutes les perversions, lui donne l’occasion de prouver, au-delà des mots, avec ou contre la curie, sa volonté de réforme en profondeur. Rien, même le secret pontifical levé en décembre, ne peut plus justifier l’insoutenable politique du silence dans l’affaire Provolo.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.