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Les héros sont les bâtisseurs, pas les flingueurs solitaires

Patrick Monay revient sur le départ houleux du président des remontées mécaniques du val d'Illiez.

À la fin du film «Le bon, la brute et le truand», Clint Eastwood s’approche du lieu où est enfoui le magot. Il vient d’envoyer Lee Van Cleef six pieds sous terre. Poncho sur les épaules, il s’approche du dernier gredin encore debout, Eli Wallach, et lui balance calmement: «Tu vois, le monde se divise en deux catégories. Ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent. Toi, tu creuses.»

L’autre jour, j’ai pensé à cette réplique immortelle pendant une randonnée à skis. C’était à Morgins, au cœur des Portes-du-Soleil, où se trame depuis des mois une histoire bien moins grandiose que le chef-d’œuvre de Sergio Leone. Une histoire valaisanne faite de beaucoup de rancœur, de jalousies diverses et de coups bas. Elle montre qu’il y a en fait trois catégories de personnes, me disais-je en admirant les Dents-du-Midi. Celles qui s’engagent, agissent et tentent de rendre le monde un peu meilleur. Celles qui respectent les efforts des premières. Et celles qui ont la gâchette facile et flinguent le travail des autres.

Pour résumer, il s’agit de la fusion des deux sociétés de remontées mécaniques du val d’Illiez. Morgins tire la langue depuis des années, tandis que Champéry s’en sort mieux après avoir consenti d’importants investissements. Peu à peu, le scénario du mariage s’est imposé pour sauver les installations moribondes de Morgins et préserver l’intégrité du domaine skiable franco-suisse. Mais le projet a capoté au dernier moment l’an dernier, quelques gros actionnaires de TéléChampéry ayant refusé de le valider.

«Pouvoir compter sur l’expérience de patrons de PME est une chance»

Cet échec a poussé un acteur clé vers la sortie. Pierre-Marie Fornage, qui présidait la structure chargée de sceller cette union, a annoncé sa démission il y a une semaine. Sans faire mystère de son amertume. Les réfractaires accusent à mots couverts ce patron d’un bureau d’ingénieurs d’avoir servi ses propres intérêts en pilotant un chantier à plusieurs millions sur les pistes de ski des Crosets. Ces attaques personnelles ont sapé sa motivation, lui qui œuvrait depuis plus de vingt-cinq ans au développement des remontées mécaniques, poumon économique de la vallée d’Illiez. Il a donc laissé à d’autres la délicate mission de remettre l’ouvrage sur le métier.

Bien sûr, la présence d’entrepreneurs dans les conseils d’administration peut conduire à des conflits d’intérêts. Il y a parfois des dérapages. Mais je crois à l’honnêteté du plus grand nombre. Et je connais la réalité locale, moi qui vis depuis toujours dans cette région. Si l’entreprise de Pierre-Marie Fornage a obtenu le mandat en question, c’est qu’elle avait la capacité de le mener à bien.

Pouvoir compter sur l’expérience de patrons de PME pour gérer des sociétés touristiques, des communes ou des associations, est une chance dont on aurait tort de se priver. Car la vie ne ressemble guère aux westerns. Les héros du quotidien ne sont pas les pistoleros solitaires. Ce sont les bâtisseurs de l’ombre, ces gens qui donnent de leur temps et de leur énergie au profit de la communauté. Ceux qui creusent pour mieux construire.

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