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L’habituelle promesse de l’apprentissage?

Développer l’apprentissage en alternance, comme cela se fait en Suisse ou en Allemagne, est l’une des promesses de campagne d’Emmanuel Macron. Le nouveau président le fera-t-il? Tout le monde l’espère en France, où, il y a encore quelques jours, une note du Conseil d’analyse économique, institution au service du premier ministre, conseillait de réformer le système de fond en comble.

Divers dysfonctionnements constatés depuis longtemps y sont pointés du doigt. Dans ce rapport, comme dans ceux produits par France Stratégie, l’alignement des chiffres donne le vertige face aux enjeux et à la complexité du problème. Tout d’abord, le coût. En 2014, dernières statistiques disponibles, la France a dépensé 32 milliards pour les différents dispositifs d’apprentissage. C’est beaucoup trop par rapport aux résultats. Ou inversement, les résultats ne sont pas à la hauteur des sommes engagées. La France compte grosso modo quatre fois moins d’apprentis que l’Allemagne. Soit 402 900 à la fin de 2015. C’est mieux que les années précédentes, mais François Hollande avait promis un demi en cinq ans. Le pays qui a inventé le compagnonnage et a milité pour son inscription au patrimoine culturel immatériel de l’humanité n’y est pas encore!

Toujours au rayon coût, on apprend encore que les jeunes déjà diplômés et que les nombreux organismes de formation de l’enseignement supérieur captent davantage d’argent que les «décrocheurs» de l’éducation nationale. Il ne s’agit pas de lier bêtement décrochage scolaire à l’apprentissage, mais de souligner la priorité d’un besoin.

Ainsi, chaque année en France, plus de 100 000 jeunes sortent de l’école sans rien et peinent donc à trouver un emploi. Les efforts pour contrecarrer ce phénomène ont été importants et ont réussi à faire descendre le chiffre d’un tiers. Si, si! Mais l’accumulation des différentes volées de décrocheurs fait qu’il y a, aujourd’hui en France, deux millions de jeunes de 15 à 29 ans sans emploi, sans formation et sans apprentissage. Une véritable bombe à retardement sociale.

Le rapport du Conseil d’analyse économique montre encore que les filières d’apprentissage en France répondent mal aux besoins des jeunes et des entreprises. Il y aurait ainsi de nombreux postes non pourvus. La manière de compter donne lieu à quelque controverse et les estimations varient entre 250 000 et 400 000, mais le phénomène est bien réel. Il est encore à mettre en lien avec les plus de 2 millions de chômeurs de longue durée.

Autre spécificité française que pointe France Stratégie, l’économie hexagonale va devoir créer beaucoup plus d’emplois que les économies de ses grands voisins. La natalité française a du bon, mais les chérubins finiront bien par être des adultes. En 2022, à la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron, la France comptera 1,2 million d’actifs de plus que dix ans auparavant. Pour atteindre 29,5 millions de personnes en activité. L’Allemagne, l’Italie et la Suisse, selon les projections, risquent la pénurie d’actifs. Pour la France, la stagnation de son activité économique se traduira par une hausse automatique du nombre de sans-emploi.

Reste qu’avant tout, la France doit opérer une révolution: changer l’image de l’apprentissage au pays du bac pour tous. L’actuel ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, s’était d’ailleurs fait sèchement recadrer lors d’un des débats à la présidentielle. «Bruno, ce n’est pas vrai que tu aurais proposé à tes propres enfants en 6e de devenir mécanicien ou pâtissier.» Il avait acquiescé, embarrassé. Difficile après cela de venir avec un énième rapport vanter les vertus de l’apprentissage.

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