La guerre? Espérons que non

Chronique

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«Hope not». C’est en deux mots ce qu’ont retenu les médias américains de la visite, il y a une semaine, du président de la Confédération à Donald Trump. Ce dernier attendait Ueli Maurer devant l’entrée de la West Wing. À bonne distance, un journaliste a crié sa question au président: «Allons-nous entrer en guerre contre l’Iran?» «Hope not» – «J’espère que non» – a lancé Donald Trump. Un peu comme si on lui avait demandé s’il allait pleuvoir ce week-end. D’un côté, la rhétorique mêlant peurs, menaces et bruits de bottes laissait croire qu’une guerre nucléaire était sur le point d’éclater. De l’autre, le président répond, entre deux portes, avec une nonchalance déconcertante à une question brûlante: «Hope not». Comme si l’affaire n’était pas de son ressort. Les choses au moins sont claires: si guerre il y a, il n’en prendra pas la responsabilité.

Pourtant les tweets promettant l’anéantissement de l’État chiite, c’est bien lui qui les a diffusés. Le sabotage de quatre navires marchands des Émirats arabes unis a été mis sur le dos de l’Iran sans la moindre preuve, comme le seront un peu plus tard des attaques à la roquette contre un pipeline saoudien, puis un missile qui a atterri non loin de l’ambassade américaine à Bagdad, en Irak, justifiant son évacuation partielle. Le porte-avions USS Abraham Lincoln a été dépêché en direction du Golfe, tandis que fuitait un plan pour envoyer 120 000 soldats américains dans la région. À Téhéran, on affirmait ne pas vouloir la guerre alors que selon Washington, des photos satellites montraient que les Iraniens chargeaient des missiles sur des navires.

Il y a une semaine encore, l’escalade entre les deux États semblait enclenchée, quasi inévitable, et cela dans une confusion totale. Qui menace qui? Les Iraniens, auteurs tout sauf avérés de diverses attaques et provocations? L’administration Trump, qui n’a de cesse de mettre la pression sur l’Iran depuis qu’elle a rompu l’accord irano-américain sur le nucléaire négocié sous Obama? Pour compliquer encore les choses, Donald Trump a soudain déclaré, en début de semaine dernière, qu’il voulait réellement éviter la guerre. Désavoue-t-il ainsi son va-t-en-guerre de conseiller, John Bolton, qui se serait un peu emballé? Trump craint-il le dérapage? Il fait savoir qu’il répondrait volontiers à un téléphone du président iranien.

Et c’est dans ce contexte tendu à l’extrême qu’est arrivé le président de la Confédération. Une visite éclair convoquée à l’arraché par Washington. Selon la presse américaine, Ueli Maurer aurait été chargé de transmettre un numéro de téléphone au président américain. Trump avait besoin de la Suisse et de ses bons offices pour démontrer sa bonne volonté face à l’Iran, à cet instant précis. La visite de Maurer constituait une ligne du plan com’ de Trump. Le reste n’est qu’habillage. La Suisse pouvait prendre des airs de grande puissance et plastronner pour cette visite «historique» dans le bureau ovale. Faire croire aussi que la négociation pour un accord de libre-échange allait faire un grand bond en avant. Elle a essayé, mais Ueli Maurer a grillé toutes les cartouches en donnant une consternante interview sur CNN. C’est tout ce qu’on en retiendra, côté suisse. Côté américain, il n’en restera carrément rien.

Cet épisode dans la longue série États-Unis versus Iran, est révélateur de la stratégie Trump. Rester maître de l’agenda, monopoliser l’attention, même quand il est l’objet des attaques. Exacerber les tensions, menacer, exiger, résister et attirer toutes les lumières et caméras sur lui. Quand un sujet est provisoirement épuisé ou tourne au vinaigre, un tweet rageur, et il passe à autre chose. Telle fut sa tactique avec la Corée du Nord, le Venezuela, la Chine et même l’Europe. L’objectif est aussi court que clair: assouvir sa soif égotique, préserver ses intérêts en affaires et, accessoirement, ceux des businessmen américains. Contrairement à John Bolton, Donald Trump craint le conflit armé, qui ne profite guère aux affaires. Pourtant à force d’user sur tous les fronts de la rhétorique de guerre, il risque de la provoquer. Par inadvertance. Mais… «hope not», espérons que non.

Créé: 24.05.2019, 07h12

Pierre Ruetschi, journaliste

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