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Des grincements de dents au Palais des Nations

Alain Jourdan commente la crise que traverse l'ONU.

Critiquer l’ONU, c’est facile. Tellement facile qu’on s’en abstient parfois pour ne pas porter préjudice à une institution qui s’emploie, tant bien que mal, à sauver les meubles. Dans un monde en pleine recomposition, hanté par ses vieux démons, ce n’est pas le moment que la maison fasse faillite. En Suisse, on est d’autant plus réticent à formuler des critiques que l’image de l’ONU est étroitement associée à travers le Palais des Nations à celle de Genève et de la Suisse. Mais il y a des fois ou l’envie de déroger à cette règle prend le dessus.

De gros travaux ont été engagés pour rénover le vaisseau amiral de la Genève internationale. Ils devraient s’achever en 2023. Cette perspective réjouissante cache un quotidien moins glorieux avec des finances de plus en plus exsangues. En ce moment, par exemple, l’ONU n’assure pas le compte rendu de la session du Conseil des droits de l’homme qui se tient à Genève. Les budgets dévolus au secrétariat et aux traductions ont été mis au régime sec. Une vraie gageure. Plusieurs diplomates ont protesté.

Certes, les finances de l’ONU ont été péjorées par le désengagement américain mais d’autres pays ont pris le relais. Du fait de ces coupures, il y a des dépenses qui passent de plus en plus mal. Car tous les budgets ne sont pas à sec. Alors que l’ONU préconise. avec ses Objectifs du développement durable (ODD) de faire des économies et d’éviter le gaspillage, elle-même ne montre pas toujours l’exemple. À certains endroits du Palais des Nations, des téléviseurs crachent en boucle des vidéos d’autopromotion que personne ne regarde ou n’écoute. Sur une porte, un système d’ouverture automatique commandé à une entreprise italienne devait permettre un accès aux handicapés. La rampe d’accès n’a jamais été installée et le système d’ouverture n’a jamais fonctionné correctement. Combien est-ce que cela a coûté?

«L’ONU, ses cadres et son personnel sont appelés à changer»

Dernièrement, une entreprise a été mobilisée pour repeindre les emplacements du parking réservé à la presse et au personnel. Peut-être par faute de budget disponible pour la traduction, presse est devenu «press» et personnel «staff». Moins de lettres, moins coûteux peut-être… Il ne s’agit pas là de défendre la francophonie mais peut-être juste rappeler qu’il eût été judicieux de respecter l’une des langues officielles de l’État hôte qui met régulièrement la main à la poche pour que le Palais des Nations tienne son rang.

Témoin d’un monde qui change, l’ONU, ses cadres et son personnel sont appelés eux aussi à changer. De partout, l’exigence d’exemplarité se fait plus forte. Perdus dans ce monde en plein chaos, les citoyens ont soif de cohérence. Ce serait être aveugle que de ne pas voir que ce qui vaut pour les gouvernements vaut aussi pour l’ONU et ceux qui la font. Il est peut-être de notre devoir de lui tendre de temps en temps un miroir. Applaudir Greta Thunberg, c’est bien. Au nom de l’urgence climatique, au Palais des Nations ces dernières années, on a vanté les mérites de la voiture électrique et les modes de transport non polluant. Mais sur ses parkings le nombre 4x4 de luxe et de voitures de sport y reste bien plus élevé que le nombre de vélos.

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