Pourquoi faut-il déjà sauver le Grand Genève?

Face-à-faceUn Appel pour le Grand Genève a été lancé au début du mois de mars par des Français et des Suisses. René Longet et Eric Stauffer s'expriment.

Image: Herrmann

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Le Grand Genève est à la peine

Par René Longet, ancien maire d'Onex

Pression sur l’emploi à Genève, pression sur les terrains hors de Genève, grave sous-équipement en matière de mobilité… L’agglo franco-valdo-genevoise est à la peine, les effets de métropole ne sont pas maîtrisés et l’exaspération monte. De la débrouille individuelle ne peut pas surgir d’équilibre collectif. Mentalement, émotionnellement, les horizons se rétrécissent et on se tourne dangereusement le dos.

Et où mènent les affichages démagogiques, mensongers et discriminants «Commune sans frontaliers»? A ce que sur France apparaisse en symétrique «Commune sans résidents suisses»? Voulons-nous vraiment fermer la frontière et vivre chacun de son côté? Ce serait aussi absurde qu’irréaliste, tant les interactions résultant de siècles d’histoire partagée sont multiples et quotidiennes.

Cessons donc de jouer avec le feu et regardons les faits. Que les employeurs genevois donnent, à compétence égale, leur chance aux personnes en quête d’emploi à Genève, très bien. Mais cela n’empêchera pas que des dizaines de milliers de pendulaires doivent venir chaque jour effectuer des tâches indispensables à notre collectivité. Résoudre la crise du logement à Genève? Même avec des déclassements massifs, on continuera à devoir compter sur les espaces voisins.

A l’évidence, nous ne nous en sortirons qu’ensemble. Et il y a bien à faire, depuis l’achèvement du réseau des trams jusqu’à la coordination des formations et des équipements de soins, en passant par les couloirs de biodiversité ou les enjeux culturels. Y parvenir suppose deux préalables: vouloir intégrer l’autre dans son horizon; agir avec lui et non contre lui. Avec, des deux côtés de la frontière, pour interrogation majeure: quel développement voulons-nous pour notre région?

C’est ce débat qu’il nous faut maintenant mener, en faisant le bilan des acquis et des manques de la coopération transfrontière et en imaginant de nouveaux outils de concertation tels des référendums transfrontaliers (consultatifs ou non) ou une assemblée transfrontalière élue. Car les lieux existants de débat, de régulation et d’action sont grippés, peu visibles et lisibles, insuffisants par rapport aux distorsions actuelles, sans vraie cohérence entre eux. Il faut clairement monter d’un cran.

Lors du rattachement de Genève à la Suisse, voici 200 ans, nos prédécesseurs ont su maintenir le lien avec les territoires limitrophes, en aménageant la zone franche. Soyons aussi créatifs qu’eux et sachons organiser en commun l’espace de vie commun.

Tel est le sens de l’Appel pour le Grand Genève lancé début mars par des responsables français et suisses réunis autour de l’évidence: tout repli ne ferait qu’accentuer les problématiques et les difficultés.


Le terme même ne rassemble pas

Par Eric Stauffer, député MCG, conseiller administratif à Onex

Il faut être simplet pour penser que le terme «Grand Genève» est rassembleur. Il est arrogant et contradictoire. Si une construction régionale veut avoir une chance de voir le jour, il appartient aux autorités qui nous bordent de se faire entendre et d’obtenir une exception aux règles de l’Etat jacobin et centralisateur qu’est la France actuelle. Or les signes donnés sont contraires, notamment en élargissant la région au Massif central dont les préoccupations sont aux antipodes de celles d’une métropole internationale comme est Genève.

Depuis la fin de l’occupation napoléonienne, les relations entre Genève et son arrière-pays sont complexes. Au début, pour des raisons confessionnelles intérieures, l’arrivée de Genève dans la Confédération a entraîné un découpage territorial totalement erratique. Les zones franches furent créées, qui avaient pour mission de façonner cet arrière-pays genevois. Ces zones ont d’abord été réduites à leur minimum puis contestées par Paris. Or, c’est précisément dans les zones à régime fiscal particulier qu’il est possible de créer une communauté de destin régional.

Le MCG, contrairement à ce que disent ses adversaires qui ont perdu la notion même du mot, est souverainiste. Notre vision est celle de l’équilibre entre le dynamisme économique bienvenu et l’afflux de population qui l’accompagne. Si nos voisins français veulent partager l’extraordinaire prospérité que génère la Genève internationale, ils doivent militer pour que les zones franches existantes soient actualisées, voire étendues aux Départements de l’Ain et de la Haute-Savoie, et ensemble nous agirons pour que le Pays genevois soit toujours plus performant. Dans la mesure où elles en sont capables, ces autorités doivent penser «Pays genevois» et non plus comme sujets des cliques parisiennes qui ne voient en Genève qu’un coffre-fort qui doit être pillé. Le MCG est totalement contre les eurofrontaliers qui fuient les désastres de l’Union européenne (UE) et le dumping salarial qu’ils traînent derrière eux tel un chaland qui racle les fonds marins.

Le MCG est prêt à travailler sur un vrai projet d’autonomie régional sur la base des zones franches qui existent, même si l’hydre bruxelloise tente de les détruire. La balle est dans le camp des autorités françaises. Qu’elles cessent de vouloir nous affronter en permanence, et qu’elles mettent son énergie à vouloir une région dans laquelle Genève n’est plus la vache à lait, et son arrière-pays un dortoir toujours plus grand. On attaque souvent le MCG pour sa politique régionale. Ceux qui sont à la manœuvre de ces attaques sont de mauvaise foi ou ils ne savent pas faire de lecture politique.

Créé: 18.03.2015, 19h25

René Longet, ancien maire d'Onex

Eric Stauffer, député MCG, conseiller administratif à Onex

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