Le Grand Genève se lit aussi dans nos impôts

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Le Grand Genève n’est-il qu’un fantasme de politiciens qui ne se matérialiserait que dans les sempiternels bouchons aux heures de pointe? La dernière livraison de l’Office cantonal des statistiques sur l’imposition à la source démontre au contraire que la création d’une région – avec ses bons et ses mauvais côtés – est une réalité. Une réalité incontournable avec laquelle Genevois, Vaudois et Français devront bien composer s’ils ne veulent pas uniquement la subir.

Les chiffres tout d’abord. En 2015, 165 100 contribuables ont été imposés à la source par l’Administration fiscale genevoise. Sur ce nombre, 99 700 sont domiciliés en France, 30 700 en Suisse et 3600 dans un autre pays que la France ou la Suisse. Et encore le panorama n’est-il pas complet, puisque les salariés travaillant à Genève mais résidant sur le canton de Vaud échappent totalement au fisc genevois. En 2016, on estimait qu’ils étaient plus de 27 000.

S’agissant des personnes habitant en France, 73 900 sont Françaises, 11 800 Suisses (y compris les binationaux) et 6800 possèdent une autre nationalité. Le montant de la masse salariale des contribuables imposés à la source à Genève et domiciliés en France a atteint 7,2 milliards de francs en 2016.

Le phénomène de délocalisation de travailleurs «genevois» est massif. Environ un tiers des 300 007 emplois existant à Genève est en fait occupé par des employés n’habitant pas dans le canton. Sans compter les Suisses qui logent en France sans régulariser leur situation. A la louche, ils seraient 20 000, selon des sources françaises.

Ce que disent ces chiffres, ce n’est pas uniquement le dynamisme et le pouvoir d’attractivité de l’économie genevoise. Ils expliquent également les problèmes de mobilité de l’agglomération franco-valdo-genevoise. En filigrane, ils expriment aussi les déséquilibres importants entre les différents territoires concernés: en termes d’emplois, de niveaux de salaires ou de création de logements.

Cahin-caha, une région est donc en train de se construire. Mais comment réagir face à une telle évidence? On peut, comme les mouvements populistes, exiger que Genève se recentre sur les siens et dresse des barrières aux frontières. Autre possibilité: regarder ailleurs et laisser faire en priant pour que la «main invisible» règle miraculeusement tous les problèmes.

Très peu praticables et même dangereuses à terme, ces deux options ne sont qu’une forme différente de déni de réalité. Le seul chemin possible n’est pas facile. Il consiste à tenter de maîtriser les conséquences négatives de cette construction. Cela passe par le contrôle du marché du travail pour éviter le dumping, par la mise à disposition d’infrastructures comme le CEVA, par la production de logements en suffisance côté genevois ou par la formation dans les professions en manque de main-d’œuvre.

L’entreprise est gigantesque et connaîtra forcément des à-coups, voire des arrêts. Mais la région n’a pas d’autre choix que de se penser, au moins partiellement, comme une communauté aux intérêts convergents. Logique mais pas évident. Il y a trois ans, les citoyens genevois avaient ainsi refusé de financer partiellement des parkings d’échanges sur sol français. Depuis, c’est uniquement de Berne que vient le cofinancement pour les infrastructures supposées servir à la région. Il faut croire que la Confédération a mieux saisi l’ampleur du défi que Genève.

(TDG)

Créé: 29.06.2017, 18h30

Eric Budry,rubrique Genève

La dernière livraison de l’OCSTAT sur l’imposition à la source démontre que la création d’une région est une réalité.

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