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Les gilets jaunes, une alerte rouge!

L’irruption du mouvement des gilets jaunes ce week-end a cristallisé une grogne populaire qui couvait depuis des années en France. L’augmentation du prix des carburants est la goutte qui a fait déborder une colère attisée par la morgue des dirigeants du moment. Sur les barrages, les sentiments d’abandon et d’injustice sociale s’exprimaient souvent par un slogan définitif: «Macron, démission».

Première cybermobilisation d’ampleur en France, la fronde spontanée de gens qui n’avaient pour la plupart jamais manifesté auparavant a rendu visible l’insatisfaction d’une population qui pâtit plus qu’elle ne profite des décisions du pouvoir. Les habitants de la capitale

et des grandes métropoles régionales bénéficient du développement des transports publics et de nombreux services financés par l’impôt. Ceux des campagnes et de la France périphérique sont contraints à faire de longs trajets au quotidien. Et voient la plupart des services publics s’éloigner de leur lieu de vie.

La taxe carbone les frappe au premier chef sans qu’aucune alternative réaliste ne leur soit proposée. La transition énergétique ou les nouvelles normes environnementales s’imposent à eux de façon punitive et non incitative. D’autant qu’en réponse aux gilets jaunes, les enveloppes proposées par le gouvernement pour encourager la conversion de leur chauffage au fioul ou de leur voiture diesel leur sont inaccessibles financièrement. Et que les montants des aides directes proposées pour les plus modestes sont loin de couvrir l’augmentation du coût de leurs déplacements. Leur ras-le-bol, lié à la baisse du pouvoir d’achat et du niveau de vie, est aussi l’expression d’une peur. Celle d’une classe moyenne menacée de déclassement. Elle a fait des sacrifices pour s’acheter une maison, se payer des vacances au soleil et financer les études de ses enfants. Et elle n’y arrive plus.

Le mépris exprimé par les saillies disruptives du président Macron et le manque de résultats immédiats de la politique du gouvernement d’Édouard Philippe les exaspèrent. L’abstentionnisme enregistré lors de la présidentielle de 2017 exprimait déjà une défiance nourrie par les échecs des gouvernants successifs. Ces Français moyens ne se sentent plus ni défendus ni représentés. Et ils n’ont plus aucune confiance dans les partis politiques ou dans les syndicats.

Les gilets jaunes sont aussi la manifestation spectaculaire du fossé qui s’est creusé entre la France d’en haut, centralisée, mondialisée, et celle d’en bas, bousculée par les mutations du moment. Les tensions entre le pouvoir central et les collectivités locales n’ont en outre fait qu’empirer en ce début de mandat d’Emmanuel Macron. Et la France jacobine, devenue jupitérienne sous Macron, a repris le dessus et stoppé le mouvement de décentralisation enclenché sous la présidence Mitterrand, empêchant de traiter les problèmes au plus près du terrain.

Il n’y a pas que les ronds-points et les routes de France qui étaient bloqués ce week-end. C’est le système politique français qui est apparu enrayé. Incapable d’entendre et de satisfaire une population lasse et impatiente de voir les promesses de meilleurs lendemains devenir réalité. Ce signal d’alerte pourrait être mis à profit par la majorité macroniste afin d’éviter de perdre tout crédit et de voir la France s’engager à son tour sur la voie du populisme aux prochaines élections. Le fossé s’est creusé entre la France d’en haut et celle d’en bas

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