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Genève montre l’exemple en consultant ses paysans

Patrick Monay commente la votation genevoise visant à «réduire les risques liés à l’utilisation des produits phytosanitaires» dans l’agriculture.

Si seulement je pouvais avoir la garantie que ma salade et mes pommes de terre ont été produites sans pesticides ni aucun produit chimique… Parions que bon nombre de Genevois ont pensé à leur assiette — et à leur santé — en remplissant leur bulletin de vote. Dimanche dernier, les citoyens du bout du lac ont accepté avec un score soviétique (89,4% des voix) un texte visant à «réduire les risques liés à l’utilisation des produits phytosanitaires» dans l’agriculture.

Ce nouvel article constitutionnel aura forcément une portée limitée, puisqu’une éventuelle interdiction des pesticides et autres fongicides ne relève pas de la compétence des Cantons. C’est l’affaire de la Confédération. Reste que les autorités genevoises ont l’intention d’agir. Un brin surpris par l’ampleur de ce vote, le Conseil d’État en a pris l’engagement formel.

En réalité, Genève n’aura qu’à renforcer les efforts consentis en faveur d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement. Le Canton a en effet empoigné le problème il y a plusieurs années déjà. Et il l’a fait d’une manière dont pourraient judicieusement s’inspirer les acteurs du dossier au niveau fédéral: en œuvrant en étroite collaboration avec les principaux intéressés, les paysans.

«Un climat hostile entoure les deux initiatives populaires contre les pesticides»

Les services de l’État et les associations agricoles genevoises ont ainsi accouché d’une cinquantaine de mesures concrètes qui complètent celles prévues dans un plan d’action national adopté en 2017. Un exemple? Favoriser l’aménagement de haies ou de bandes fleuries de façon à lutter naturellement contre les ravageurs des cultures. Il s’agit aussi, entre autres, d’entretenir les sols sans herbicides, de soutenir la reconversion à l’agriculture biologique et d’encourager les variétés résistantes aux maladies.

Une telle transition repose sur des aides financières accrues, de la recherche appliquée sur le terrain et un gros travail de vulgarisation. Mais elle implique surtout l’adhésion de tous les acteurs concernés. En l’occurrence, la faîtière professionnelle AgriGenève appuyait sans réserve la loi constitutionnelle soumise au peuple. Et elle a été l’une des premières à saluer le plébiscite sorti des urnes, en rappelant qu’aujourd’hui déjà, presque toutes les surfaces céréalières du canton sont cultivées sans produits phytosanitaires.

Le contraste est frappant avec le climat hostile qui entoure les deux initiatives populaires fédérales en suspens devant le parlement. Ces textes entendent, par des moyens différents, imposer une stricte limitation de l’usage des pesticides dans notre pays. La puissante Union suisse des paysans les combat à la moissonneuse-batteuse: si le peuple dit oui, l’agriculture court à sa perte. En face, les initiants ne s’embarrassent pas non plus de nuances, affirmant que les paiements directs versés aux paysans servent à empoisonner les consommateurs… Le débat public promet d’être enflammé. D’où l’intérêt d’une approche pragmatique, à la mode genevoise.

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