Quand Genève fait la leçon aux Français

Chronique

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Des cinq conseillers administratifs de la Ville de Genève, seul Sami Kanaan se représentera le 15 mars. Chamboulement massif, sinon historique. On aurait pu s’attendre à une fin de règne collectif déliquescent où les partants, épuisés par la tâche, las des scandales à rebondissements, auraient lâché la bride, gérant en dilettante les affaires stagnantes.

Eh bien non. Ils se montrent tous d’une formidable ardeur à la tâche. Esther Alder fait moins de taxis mais continue de se préoccuper du dossier des MNA, mineurs non accompagnés. Guillaume Barazzone, s’il s’est méchamment mélangé les cartes de crédit, poursuit sans faiblir son travail pour rendre la ville plus conviviale (espérons que le marché de Noël lui survivra). Sami Kanaan, seul autorescapé de l’équipe, qui ne s’est pas laissé distraire par les bruits de casseroles agitant son département, se concentre avec une vitalité renouvelée sur toutes sortes de causes, si possible très populaires. Et vive le sport genevois!

De son côté, Sandrine Salerno s’offre une sortie sans tache, ni trace de l’affaire des notes de frais. Elle s’est révélée d’une frugalité carrément indécente et gênante pour ses collègues. Elle, c’est la GIM (Gérance immobilière municipale) qui l’a fait souffrir. Sur les essentiels, elle a tenu le cap jusqu’à la dernière heure. Elle a entamé son mandat avec sa fameuse «grossesse militante», elle le finit en posant, ces derniers jours, ses spectaculaires panneaux de signalisation routière pour la promotion de l’égalité des sexes. Une première en Suisse. Raté en réalité. L’initiative se veut inclusive alors qu’elle exclut toutes les ethnies et autres populations singulières ne figurant pas sur un panneau.

Mais passons à Rémy Pagani. Profil unique. Un guerrier des grandes causes militantes. Il n’hésite pas à se fondre dans la manif, saisir le porte-voix pour hurler son opposition au système, à l’autorité que pourtant il incarne. Il se donne tous les rôles et joue à les confondre. Infatigable, jamais à court d’arguments, fallacieux s’il le faut, afin de s’extraire d’affaires abracadabrantesques. On dirait qu’il s’y baigne avec volupté. La bagarre le maintient alerte. Même en bout de course, il garde le tonus.

Ainsi le 14 février, à un mois de l’élection, il montera à Paris déposer son recours contre l’autoroute du Chablais. Lui, le Genevois pur sucre, en appelle à la plus haute juridiction administrative de France créée par Napoléon en 1799, pour préserver Genève et sa région de l’enfer du trafic. Seize kilomètres sur quatre pistes entre Thonon et Machilly, 42% du trafic se déversera sur Genève, pollution en prime. Une aberration, clame-t-il, alors que le Léman Express vient d’ouvrir une voie royale (oublions les retards) à la mobilité douce.

On peut suivre Rémy Pagani. Vu de Genève, ce bout d’autoroute ne sert à rien. Et plus vrai encore, la simple idée de répandre du bitume est devenue infamante. En cela, le représentant d’Ensemble à Gauche est dans l’air du temps. Mais voilà, ce bout de route est construit en Haute-Savoie par les Français pour les Français. Notre conseiller administratif s’en moque. Sa vision de Genève est large. La mondialisation, il exècre, mais là il réfléchit et agit global. C’est donc pour le bien de ses électeurs et de l’humanité tout entière que le «ministre» genevois s’en va dicter sa politique à Macron. Imaginons l’inverse ne serait-ce qu’un instant. Le maire d’Annemasse, par exemple, qui saisirait le Tribunal fédéral parce qu’il ne veut pas de l’élargissement de l’autoroute de contournement qui pollue ses campagnes et rend le trafic insupportable. Un casus belli pour les Genevois. Le traiteraient-ils à la canonnière ou par le mépris souverain? Telle serait la seule question.

L’ancien syndicaliste a le culot du sans-culottes. Clairement, cela a contribué à son élection puis à sa réélection. Avoir un «dissident» militant au gouvernement, c’est, comment dire? rafraîchissant. De temps à autre divertissant. C’est même parfois utile, voire nécessaire. Mais c’est très souvent crispant, encombrant, et à l’occasion tout à fait contre-productif. À l’image de ses collègues, Rémy Pagani a gardé la ligne. Jusqu’au bout.

Créé: 31.01.2020, 07h32

Pierre Ruetschi

Journaliste, directeur du Club suisse de la Presse

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