À Genève, le génie s’épanouit

Chronique

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S’il y a âme qui vive sur une quelconque exoplanète, aucun doute que le Nobel décerné à Michel Mayor et Didier Queloz y aura fait la une. La découverte des chercheurs genevois est universelle dans tous les sens du terme. Et son rayonnement n’a pas de limite. Excellente opération donc pour Genève. Car même si de Trélex (VD) au Jura en passant par Lausanne et une Romandie qui n’existe pas, chacun cherche à s’approprier un petit morceau de gloire de nos deux Nobel, c’est bien à l’Université de Genève que revient en première ligne le mérite d’avoir formé et soutenu les deux astrophysiciens sur la durée.

Le génie a besoin d’être nourri et encouragé pour s’épanouir. Et l’UNIGE sait faire. Souvenez-vous de la médaille Fields, l’équivalent du Nobel pour un mathématicien, décernée en 2010 à Vladimir Smirnov, qui lui aussi avait mûri sa science sur les bancs de notre alma mater. La cote de l’Université de Genève avait bondi dans les rankings, augmentant son attractivité aussi bien pour les professeurs que pour les étudiants. Mayor et Queloz, deux Nobel d’un coup. L’Université de Genève se retrouve sur l’orbite des plus prestigieuses et puissantes académies, aux côtés de Duke University, la Sorbonne ou l’Université de Tokyo. À la 58e place du classement mondial de Shanghai, l’UNIGE n’est dépassée en Suisse que par l’École polytechnique fédérale de Zurich (19e), dont la taille et le budget sont sans rapport avec l’établissement genevois.

L’UNIGE est une lilliputienne qui rivalise avec les géants. Performance sidérante et d’autant plus remarquable que Genève est une université «universelle», non spécialisée, la dernière du genre en Suisse romande. Une polyvalence voulue et revendiquée par son recteur, Yves Flückiger. Délicieux petit paradoxe: la multiplicité des champs de recherche et d’enseignement constitue la «spécialité» de l’université genevoise. On pensait cette approche englobante obsolète. En vérité, elle est d’une remarquable modernité. Mayor et Queloz, maîtres en collaborations multiples, en sont le parfait exemple. Autre exemple de l’importance d’un tissu diversifié pour la recherche comme pour l’action: le Prix Nobel de la paix attribué en 2017 à ICAN, une coalition d’ONG basées à Genève. ICAN aussi relève d’un croisement de compétences, d’une hybridation entre le local et l’international.

Et c’est peut-être bien là que réside la fertilité du terreau genevois. De la pollinisation croisée entre un physicien du CERN, un professeur de droit, un philosophe et un médecin de l’Organisation mondiale de la santé germera l’inattendu, parfois le génie. La richesse de l’écosystème genevois favorise transversalité et interdisciplinarité, les ferments de l’innovation.

À la pluridisciplinarité de son université s’ajoute en effet celle des 37 organisations internationales et des quelques centaines d’ONG qui peuplent la Rive droite. L’UNIGE, à l’instar du Graduate Institute (IHEID), a saisi tout le bénéfice qu’elle pouvait tirer d’un rapprochement avec «l’autre Genève». La Health Valley qui prend corps dans l’arc lémanique en est l’un des produits les plus spectaculaires.

Mais les académiques ne sont pas seuls à miser sur cette interactivité avec la Genève internationale. Ainsi les banques suisses, à l’instigation d’un banquier privé de la place, réputé pour son flair et sa capacité à fédérer, se sont ensemble tournées vers l’ONU et ses organisations pour accélérer la marche vers une finance durable. Intégrer les réflexions globales sur l’environnement et les objectifs de développement durable (ODD) s’impose comme une nécessité. Dont acte. Le sommet sur la finance durable organisé cette semaine sous l’appellation Building Bridges a placé autour d’une même table Sergio Ermotti (UBS), Ueli Maurer et Tatiana Valovaya, directrice de l’ONU a Genève.

Que la finance durable tente sa mise en orbite à Genève, centre multilatéral et interdisciplinaire, ne tient pas au hasard. Pas plus que deux Nobel aient émergé au bout du lac.

Créé: 11.10.2019, 07h19

Pierre Ruetschi, journaliste, directeur du Club suisse de la Presse

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