Genève, le côté obscur de la dette

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Lorsqu’un projet local – disons, au hasard, un stade ou de grandes fêtes populaires – finit par coûter deux fois plus cher que prévu, les initiateurs du projet se renvoient mutuellement la balle en jurant que la responsabilité des dépassements ne saurait leur incomber. Lorsqu’en revanche il manque durablement une grosse dizaine de milliards au bilan financier d’une collectivité cantonale par suite de l’accumulation, des années durant, d’importants déficits, il ne se passe rien, ou si peu.

Les créanciers de l’État sont les générations qui, demain, réclameront les mêmes prestations que celles allouées à crédit aux générations actuelles

Les gouvernements qui se sont succédé à la tête des Finances ont à chaque fois invoqué l’impuissance d’un Exécutif pris entre la gauche et la droite et parfois même le centre pour justifier le retour, à quelques détails près, aux mêmes impasses budgétaires. Et les majorités parlementaires successives et parfois alternatives qui ont voté recettes et dépenses ont à chaque fois débattu longuement, mais presque toujours fini par opiner.

Rares, en tout état de cause, ont été les cas où l’exercice suivant a dû démarrer sans budget. Comment expliquer pareille différence de traitement entre le courroux déclenché par le surcoût d’un équipement collectif ou d’une manifestation, qui n’est certes pas une paille, et la poutre d’un endettement cumulé qui, pour sa seule partie visible, représente plus de 25 000 francs par habitant? La réponse est simple: les créanciers de l’État en cause ne sont pas là pour se défendre, soit qu’ils ne sont pas pressés de le faire ou ne sont même pas encore nés, soit qu’ils ignorent tout de leurs droits.

Enfin, il y a plus généralement la croyance faussement entretenue dans l’immortalité du débiteur public, qui permettrait à ce dernier de se refaire une santé financière en relevant les impôts lorsque cela serait devenu nécessaire. Par créanciers de l’État, il faut comprendre ici les générations qui, demain, réclameront les mêmes prestations que celles allouées à crédit aux générations actuelles.

Or non seulement les générations futures, loin de bénéficier des mêmes avantages que celles d’aujourd’hui, seront appelées au contraire à supporter le poids d’une dette publique écrasante, mais encore elles auront à prendre en charge la partie obscure des engagements futurs de l’État, par quoi il faut entendre toutes les obligations qui lui incomberont demain, à commencer par le financement des retraites des fonctionnaires (les caisses publiques demeurent en situation de sous-couverture), les dépenses obligatoires (parce que fixées par la loi ou une instance supérieure) et toutes les charges qui découlent des fonctions régaliennes de l’État, de la politique sociale à l’éducation en passant par la santé publique ou la protection de l’environnement. Dans tous ces domaines, il est en effet acquis que les tendances lourdes qui se dessinent aujourd’hui – le vieillissement démographique, les changements climatiques, les progrès de la médecine – n’iront que s’accentuant à l’avenir et pèseront encore davantage dans les comptes publics.

S’ils prenaient le temps de réfléchir aux conséquences financières de l’immobilisme dont la génération actuelle se rend coupable, les tenants du statu quo exhorteraient nos dirigeants à élaborer sans plus attendre non pas des programmes d’action quadriennaux ou quinquennaux, mais des stratégies à vingt ou trente ans. Car, plus tôt les virages seront pris, moins les révisions seront déchirantes. Mais allez convaincre de cela des décideurs dont l’horizon temporel s’arrête aux prochaines élections.

Créé: 27.12.2017, 09h37

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