#GE18 et la maladie infantile du populisme

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

La «Tribune de Genève» titrait lundi sur la débâcle des populistes aux élections cantonales (–9,5%). Mais cet échec ne signifie nullement que leur électorat a soudainement disparu du paysage. Le potentiel de voix est toujours là. Mais il ne s’est pas mobilisé. Pourquoi? Car le populisme, à Genève comme ailleurs, souffre de plusieurs maux. Le premier, c’est la division. À Genève, le MCG, qui était parvenu à constituer une troisième force au sein du Grand Conseil et à entrer au Conseil d’État, explosait après la mise à l’écart de son leader historique, Éric Stauffer.

Les populistes sont confrontés à la récupération de leur fonds de commerce par les partis traditionnels

Comme souvent chez les populistes et à l’extrême droite, le départ forcé d’une ou plusieurs figures se traduit par la création d’un autre parti, d’abord dédié à une entreprise incendiaire et revancharde. Éric Stauffer a échoué et Genève en marche avec lui, non sans avoir tout fait pour torpiller le MCG.

Cette tendance à la scission est aussi fréquente à l’extrême gauche, comme l’a montré l’actualité récente à Genève, l’histoire de ce courant politique ou de l’extrême droite en France. À près de vingt ans de distance, le numéro 2 du Front national, Bruno Mégret avec le MNR ou, plus près de nous, Florian Philippot, avec les Patriotes, sont exclus et fondent leur propre parti. En Autriche, Jörg Haider, fondateur du FPÖ, sentant qu’il allait perdre le leadership, lui a aussitôt opposé le BZÖ. Or, l’électorat fait en général payer le prix aux diviseurs en les sanctionnant dans les urnes. Tandis que l’absence du leader charismatique affaiblit le parti dont il vient.

La perspective de l’exercice du pouvoir s’avère être une autre pierre d’achoppement pour les populistes. En Allemagne, Frauke Petry, qui dirigeait l’AfD, pourtant forte de son succès aux dernières législatives, a aussitôt quitté sa formation pour créer le Parti bleu, revendiquant sa vocation à gouverner. Cette ambition, qui implique d’être prêt au compromis et sur une ligne politique plus modérée, provoque en général l’éviction de celui qui passe le pas, considéré comme un traître. L’exclusion d’une Eveline Widmer-Schlumpf, prête à jouer le jeu de la concordance (la «formule magique») au Conseil fédéral à l’insu du plein gré de l’UDC, illustre ce cas. De cet épisode naîtra un petit parti dissident, le PBD.

Autre mal qui mine le populisme, c’est son incapacité à proposer un projet global au-delà de prises de position identitaires. Le débat du second tour de la présidentielle française, avec une Marine Le Pen au comportement suicidaire, ressemble à ce refus devant l’obstacle… Le pouvoir est en effet l’épreuve du feu pour nombre de partis populistes. Ils sont par ailleurs confrontés à la récupération de leur principal fonds de commerce par les partis traditionnels (la préférence sociale, déclinaison genevoise de la préférence nationale de l’UDC ou genevoise du MCG).

Dans un petit ouvrage titré «La maladie infantile du communisme», Lénine faisait en 1920 la critique du gauchisme, reprochant à ces marxistes de gauche leur refus de participer aux élections ou d’intégrer des syndicats. Chez les populistes, c’est une autre impuissance face à l’exercice du pouvoir qui les condamne à l’échec. Sauf à adopter la ligne du Fidesz hongrois ou du PiS polonais, qui se sont attaqués aux valeurs culturelles de la République et de la démocratie tout en respectant les formes. Les populistes genevois auront bien du mal à pousser leur logique aussi loin dans un canton attaché à ces valeurs. (TDG)

Créé: 18.04.2018, 15h09

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Papyrus: les régularisés gagnent plus et vont mieux que les illégaux
Plus...