Les fissures institutionnelles, c’est du sérieux

Regard éco

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Toute institution politique ou juridique est une création humaine, elle est un instrument dont se dote une communauté pour répondre aux défis d’un temps, d’une époque donnée. Il suffit de tourner les pages de livres d’histoire des trois ou quatre derniers siècles pour se rendre compte à quel point les institutions, les régimes politiques, juridiques, économiques et donc institutionnels ont changé. Cela est particulièrement frappant en 2019, cent ans après l’apparition d’un nouvel ordre européen dont quatre empires ont disparu en quelques années à peine, et trente ans après le début de la «transition» – toujours en cours – dans l’ex-empire soviétique.

Les ordres institutionnels sont donc – dans la longue durée – éphémères. Nez dans le guidon, il nous est parfois difficile de percevoir les signes des temps indiquant «essoufflement de l’ordre institutionnel» actuel. Pourtant les signes ne manquent pas. L’inadéquation institutionnelle est béante au niveau global, parce que l’ordre onusien est construit autour de la notion de souveraineté dont la portée a été radicalement réduite par la globalisation, que cela plaise aux juristes ou non.

Le hiatus entre la lettre des actes normatifs et la réalité augmente, et laisse apparaître des fissures institutionnelles aussi au niveau des pays. Prenons les États-Unis: dès l’entrée en fonction de l’actuel président, il était clair qu’il n’avait aucun respect pour le cadre institutionnel. Les exemples de frictions sont nombreux, mais la situation où l’état d’urgence proclamé par le président est attaqué en justice par 16 États de l’Union est sans précédent. Il était impensable hier encore.

Plus près de nous, les contorsions britanniques et le désarroi dans lequel le pays est plongé montrent une fois de plus l’incapacité des institutions à répondre aux défis du moment. Il en va de même de la crise catalane ou des tiraillements italiens. L’expression la plus claire de la fissure institutionnelle est peut-être la France avec la vague des «gilets jaunes». Il s’agit d’un mouvement disparate uni par le refus du statu quo, exigeant un coup de balai radical. Les institutions hésitent, elles font montre d’une certaine souplesse. Elles cherchent à séparer le bon grain du mauvais en proposant le grand débat national d’un côté, et en serrant la vis au manifestant de l’autre. Reste à savoir si ce débat national sera autre chose qu’une séance de psychothérapie aux dimensions nationales et s’il en sortira un projet institutionnel mieux en phase avec les aspirations, les rapports de force et les ressources du temps présent.

Les institutions qui tremblent aujourd’hui sont issues de l’immédiat après-guerre: l’obsession du «plus jamais cela», l’expérience de l’alliance militaire; un monde coupé en deux – donc un ennemi à surveiller en permanence et à dominer, notamment par le progrès technique et économique. Le tout – en Europe – ficelé dans le paquet de «l’économie sociale de marché». Les fondamentaux ont changé aujourd’hui, ce qui explique les multiples signaux de l’essoufflement des institutions. Il faut donc se mettre à préparer l’avenir autrement qu’en se bornant à extrapoler le présent.

Créé: 25.02.2019, 10h38

Paul H. Dembinski, directeur de l’Observatoire de la finance

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Après l'accord avec l'UE, Johnson doit convaincre le Parlement
Plus...