Facebook libra et autres artéfacts monétaires

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La planète est en émoi depuis que Facebook a annoncé le lancement du libra, sa monnaie numérique. Car même si la réputation du réseau social a été sérieusement mise à mal depuis l’affaire des fuites de Cambridge Analytica, le nombre de ses utilisateurs est tellement élevé que son entrée dans le monde des paiements risque par ce simple fait de déstabiliser l’ensemble du système bancaire.

Beaucoup de cryptomonnaies existent déjà qui ont administré la preuve de leurs atouts et surtout de leurs vulnérabilités, qu’elles soient d’ordre technologique ou sécuritaire. Mais aucune ne représente une pareille menace pour l’ordre établi, à preuve l’immédiate sollicitude dont ont fait preuve à son égard les principales autorités monétaires. En elles-mêmes, les ambitions affichées par les promoteurs du libra font rêver: on aurait, avec les «Zuck Bucks», un moyen de paiement universel, rapide comme l’éclair, quasi gratuit, à la portée de tous, hors des coûteuses et pesantes relations bancaires et j’en passe.

Mais. On sait que le président-directeur général de Facebook n’est jamais à court d’idées pour élargir son empire et en garder la maîtrise. Or, le libra reposera sur une blockchain privée (et non publique comme dans le cas du bitcoin par exemple), ce qui signifie notamment qu’à l’instar de tout système de paiement en boucle fermée («closed-loop»), elle placera ses utilisateurs sous la coupe commerciale des Visa, Mastercard et autres Paypal membres du consortium qui en assurera la gestion (depuis Genève…).

SWIFT, la grande plateforme coopérative de messagerie financière par laquelle transite la quasi-totalité de nos opérations de paiement nationales et internationales, qui est évidemment la cible numéro un de l’attaque en règle menée par l’équipe de Mark Zuckerberg, a réagi de manière cinglante à la nouvelle. Si l’on en croit le fil de commentaires du Financial Times Alphaville, SWIFT estime qu’en lançant son initiative, Facebook n’a pas vraiment compris le problème de fond qu’il tente de résoudre. Et pire, s’il l’a compris, il n’en aurait cure, et viserait simplement à «amener le monde entier à s’inscrire, politiquement et financièrement, dans son système holistique et autocratique»*.

On se bornera ici, plus humblement, à rappeler ce que sont les trois fonctions d’une vraie monnaie. Elle doit être à la fois unité de compte, réserve de valeur et instrument d’échange. En plus et par-dessus tout, elle doit avoir pouvoir libératoire, ce qui signifie qu’elle ne peut être refusée par un créancier quel qu’il soit. Par conséquent, seules les monnaies ayant cours légal sur leurs territoires respectifs constituent de vraies monnaies.

En outre, et cela va de soi, aucune monnaie ne peut être réellement universelle, puisque les paiements internationaux impliquent par définition une opération de change à chaque passage d’un espace monétaire à l’autre. Même les droits de tirages spéciaux (DTS) émis par le FMI ne constituent pas une monnaie, puisqu’ils ne sont qu’un instrument de réserve additionnel aux côtés de l’or monétaire et des grandes devises. L’euro est à ce jour la seule tentative, à peu près réussie, de système de paiement en boucle ouverte, mais il ne s’applique qu’aux territoires où il a remplacé les anciennes monnaies nationales.

Facebook est donc encore loin d’avoir pris la place de nos bons vieux systèmes monétaires.

* «Why closed-loop systems like Libra won’t change the world» (https://ftalphaville.ft.com)

Créé: 24.06.2019, 19h19

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