Pour ou contre l’expulsion des autobus du rond-point de Rive?

Face-à-faceLe projet lauréat du concours d’aménagement suscite la controverse. Guillaume Barazzone, conseiller administratif, et Michel Ducret (CITrap-Genève) se font face.

Image: Laurent Guiraud

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Gare au «syndrome» Cornavin

Par Guillaume Barazzone, conseiller administratif PDC, Ville de Genève

Une mer de bitume, un terminus de bus avec une vue imprenable sur le Jet d’eau, un édicule central fatigué, cerné par les gaz d’échappement, et des piétons qui tentent courageusement de se frayer un chemin jusqu’aux commerces et aux bureaux environnants. Quant aux touristes, soyons lucides, ils n’ont aucune raison de s’aventurer dans cette contrée si peu hospitalière. L’aménagement actuel du rond-point de Rive malmène la réputation de notre belle cité. Fort de ce constat, le Conseil administratif de la Ville de Genève a lancé un concours d’aménagement. Avec l’intention que Rive devienne autre chose qu’un lieu de passage anonyme. Grâce au partenariat conclu avec la société Clé-de-Rive, un parking souterrain sera construit et le reste du secteur sera rendu aux résidents, aux commerçants, aux clients et aux touristes. Comment? En y aménagement une vaste zone piétonne. Voilà l’essence du projet lauréat qui prévoit de larges trottoirs, des espaces de rencontre, des bancs, des arbres, une magnifique liaison végétalisée jusqu’au Jardin anglais et la possibilité de flâner sur une terrasse de café sans avoir le nez dans les voitures. La Ville a été séduite par la force de ce projet, sa cohérence et sa capacité à faire de Rive un lieu de vie à part entière.

Que Rive devienne autre chose qu’un lieu de passage anonyme!

La réalisation de cette zone piétonne suppose un déplacement des bus à une centaine de mètres. Est-ce insurmontable pour les usagers? On peut en douter. Nous sommes de toute façon au début d’un processus puisque le concours vient d’aboutir. Les architectes lauréats et les services de la Ville vont maintenant commencer véritablement leur travail afin d’abord de chiffrer le projet, dont le crédit devra être voté par le Conseil municipal. Des études de circulation seront lancées prochainement par la Ville en collaboration avec la Direction générale des transports cantonale. Une large consultation auprès de l’ensemble des parties (associations, riverains, habitants, commerçants) sera organisée. Les demandes et remarques de l’Etat seront naturellement prises en compte.

Attention toutefois au «syndrome» de la place de Cornavin: en voulant contenter tout le monde, on ne satisfait personne. Osons dire qu’en termes d’aménagement, tout n’est pas possible. Lorsque Zurich ou Berne aménagent des zones piétonnes, on n’y trouve ni voitures stationnées, ni bus, ni deux-roues motorisés…

En matière d’aménagement, le devoir des politiques est à la fois simple et redoutable: ils doivent choisir et poser un cadre clair aux urbanistes. A Rive, le Conseil administratif de la Ville souhaite un parking souterrain et une «vraie» zone piétonne. Il est convaincu que cette formule permettra de dynamiser cette partie de la Ville et de faire du rond-point de Rive un motif de fierté pour les Genevoises et les Genevois.


Quel mépris pour les TPG!

Par Michel Ducret, député PLR, président de la CITrap

Tout en saluant la volonté de rendre aux piétons des espaces urbains en compensant les places de parking perdues par un ouvrage souterrain, on ne peut se permettre de dire n’importe quoi!

Dans l’édition du 3 novembre de la Tribune de Genève, on pouvait lire que deux magistrats de la Ville de Genève avaient présenté le projet lauréat du concours d’aménagement du rond-point de Rive et de la rue Pierre-Fatio. Outre le fait que cette prétendue «piétonnisation» n’en sera pas vraiment une en raison de l’intense circulation subsistante des transports publics, il est particulièrement choquant de les entendre critiquer la situation actuelle en parlant d’un «dépôt d’autobus».

C’est faire bien peu de cas d’un moyen de déplacement que par ailleurs on prétend vouloir privilégier! C’est aussi méconnaître notre histoire en oubliant que ce lieu a été bâti et dimensionné pour être une des principales stations de tramways de l’important réseau de la CGTE, terminus de lignes desservant la campagne et du Genève-Veyrier (qui était alors un chemin de fer privé). Il était bien nécessaire que les véhicules engagés sur ces lignes ou en réserve puissent stationner, et ceci n’a pas changé depuis. Aujourd’hui, c’est toujours le 3e lieu d’échange du réseau des TPG. Le transfert envisagé des bus dans la rue d’Italie, qui, elle, n’a pas été conçue pour ça, sera problématique tant en termes d’exploitation que pour les usagers, qui devront aller chercher toujours plus loin leurs correspondances. Le plan actuel des voies des tramways sera remplacé par une boucle autour du rond-point de Rive permettant le rebroussement dans les deux sens, mais strictement rien ne semble prévu pour pouvoir stationner un convoi en détresse ou effectuant un «charter», ce qui va encore compliquer les conditions d’exploitation de la ligne 12.

On privilégie le «donner à voir» par rapport au confort

Par ailleurs, la fermeture de l’axe Pierre-Fatio entraînera des reports de trafic à l’intérieur des quartiers avoisinants, en particulier celui des Eaux-Vives, qui étouffe déjà journellement dans les bouchons. Reporter ainsi la circulation et le stationnement des bus dans des rues où il y a des habitants en piétonnisant des lieux où il y a une majorité de bureaux est-il réellement un bon choix?

A Genève, on semble surtout ne pas savoir (ou vouloir) réaliser des interfaces de transports corrects, parce qu’on privilégie le «donner à voir» par rapport au confort des usagers, des habitants et aux besoins de l’exploitant, celui-ci n’osant pas se défendre face aux «ukases» d’urbanistes plus obnubilés par leur désir de paraître dans les revues spécialisées qu’intéressés par une approche privilégiant ceux qui devront vivre dans leurs créations. On ne peut pas prétendre vouloir augmenter l’utilisation des transports publics et ne pas leur concéder la place nécessaire.

C’est lamentable, et pourtant les échecs de tels lieux déjà réalisés dans notre ville devraient montrer la voie à suivre. Mais on semble ne rien vouloir apprendre!

Créé: 08.12.2015, 16h05

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