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L’Europe unie de Macron n’existe pas

Dans un peu plus d’un an, les élections européennes vont changer la physionomie du parlement de Strasbourg. Le président français veut se saisir de cette opportunité pour mettre sur la table ses propositions, présentées dans son discours de la Sorbonne. Il lui faut pour cela faire entrer 150 eurodéputés de La République en marche et convaincre d’autres élus européens de constituer une majorité europhile avec lui. Avant cela, en juin, Emmanuel Macron présentera une plateforme commune de réforme de l’UE avec la chancelière allemande Angela Merkel.

La priorité du Français: faire que l’Europe soit protectrice de ses citoyens. Fort de sa capacité à projeter des forces militaires sur un théâtre extérieur, Paris souhaite qu’une doctrine de défense et un budget communs soient effectifs en 2020. Mais quand Paris cible le Sahel, foyer de menace islamiste, l’Europe de l’Est s’inquiète de son voisin russe. Alors que l’Italie et la Grèce ont jusqu’ici dû faire face, seules, à l’afflux de migrants, selon la règle de Dublin, le président français souhaite la création d’un Office européen de l’asile et d’une police européenne des frontières, afin d’harmoniser les procédures. Sur ce terrain aussi, des pays comme la Hongrie ou la République tchèque, très hostiles à l’arrivée de migrants, ne sont pas prêts à céder quoi que ce soit de leur souveraineté et du contrôle de leurs frontières. De plus, la victoire des populistes aux législatives italiennes brise l’alliance de Paris avec Rome et Berlin sur une gestion raisonnée des réfugiés et un accueil partagé par les pays membres.

Cette élection, après celle de l’Autriche, a également fait reculer l’ambition de gouvernance économique de la zone euro. Les Pays-Bas, nation fondatrice avec six autres capitales du nord, mais aussi l’Allemagne, partenaire historique de la France, sont de plus en plus réticents à l’établissement d’un budget propre aux pays qui ont adopté l’euro. Car cela grossirait la note des dépenses communes.

La montée des souverainistes rend par ailleurs la nomination d’un ministre des Finances de la zone euro presque impossible. Et à Berlin, la mutualisation de la dette demeure une ligne rouge. Pas question de payer pour ces pays que les Allemands appellent «le Club Med».

Au chapitre social, c’est la droite conservatrice, majoritaire depuis l’écroulement de la social-démocratie en Europe, qui constitue le principal groupe du parlement. Et elle voit d’un mauvais œil la généralisation d’une taxe sur les transactions financières en vigueur en France ou l’établissement d’une fourchette de taux d’impôt sur les entreprises, sans parler de la fixation de standards sociaux et d’un salaire minimum adapté à la réalité de chaque pays. Les pays dont l’économie dépend d’une politique de dumping social ne feront aucun geste pour une harmonisation à l’échelle de l’UE.

L’entrée en force de l’ultradroite antieuropéenne de l’AfD au Bundestag aura également pour conséquence de freiner une intégration plus poussée, pourtant souhaitée par Berlin et Paris. Il n’y a guère que sur le développement des start-up du numérique, la protection des données ou la généralisation du programme Erasmus pour les étudiants, qui fonctionne bien, qu’un consensus semble possible.

Pour le reste, dans un environnement de plus en plus eurosceptique, il faudra beaucoup plus que sa force de conviction à Emmanuel Macron. Or ce sera aussi pour lui un enjeu national. Car la relance de l’Europe est au cœur de sa politique. Échouer là pourrait également ouvrir la voie du pouvoir aux populistes en France.

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